Religion |  Francesco Brancaccio |  Les éditions du Cerf, 2017, 208 p., 19 € Par Maylis Cartigny | 22 juin 2018
Print Friendly



« Pensez-vous qu’à cause de la laïcité, la France soit en train de perdre son identité chrétienne ? » Cette question, posée par un journaliste à Benoit XVI, reflète l’opposition communément reprise entre laïcité et chrétienté. Le « principe de laïcité » est souvent compris comme frontière hermétique entre l’Église et l’État, or l’Église catholique est pourtant convaincue qu'il « fait partie de la doctrine sociale de l’Église » (Jean-Paul II aux évêques de France en 2005). Cette conviction, reprise par Benoît XVI et François, est au fondement du dialogue que les papes ont mené, ces dernières décennies, avec les États démocratiques : la laïcité comme juste séparation pour garantir la liberté de chacun, et dans le même temps, comme espace d’échange où foi et raison coopèrent afin de construire une société juste, au service de la dignité humaine.
À travers une analyse claire et exceptionnellement documentée, Francesco Brancaccio retrace ainsi les moments essentiels de ce dialogue décisif, sous les trois pontificats. L’enquête commence par détailler avec précision la compréhension de la laïcité qui s'exprime à travers les échanges entre Benoît XVI, Jürgen Habermas et le Bundestag au début des années 2000. Affirmant la prévalence de la raison humaine dans la recherche des sources du droit, le souverain pontife a amplement contribué à expliciter l’objectivité du droit et ses sources naturelles. Un droit raisonnable qui, dans un contexte de laïcité favorisant les échanges, gagne en même temps à dialoguer avec la foi afin de construire un droit juste et sensé. Dans un second temps, Francesco Brancaccio s’attarde sur l'exemple de dialogue Église-État, en France. Dans une nation héritière des Lumières (farouchement opposées à la chrétienté en leur temps), l’auteur nous relate, méthodiquement, l’évolution de la coopération entre souverains pontifes et responsables démocratiques pour la construction d’une laïcité souvent qualifiée de « positive », « apaisée » ou « saine ». La dernière partie de l’ouvrage se veut tournée vers l’avenir et transcrit la nouvelle perspective insufflée par le pape François. Celui-ci appelle à la coopération dans l’action, pour qu’États et Église s’allient dans la construction et la sauvegarde de « notre maison commune ».
La laïcité, comprise ainsi comme espace de dialogue au service de la dignité humaine, est un principe résolument universel, qui appelle chacun à s’engager pleinement et librement pour le bien commun. Ce livre, d’une grande clarté, retrace fidèlement les avancées théoriques et résonne comme un appel aux chrétiens à s’engager aux côtés de leurs frères.