Monde |  Dominique Garcia,
Hervé Le Bras (dir.)
 |  La Découverte, 2017, 392 p., 24 €
Par Matthieu Cassou-Mounat | 15 mai 2018
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Les bouleversements climatiques et géopolitiques que nous vivons actuellement jettent une lumière crue sur les questions migratoires. Démêler les linéaments de l’histoire migratoire, comme s’est proposé de le faire l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) dans son colloque de 2015, est en ce sens une œuvre salutaire et nécessaire. Comme le rappellent les premiers pages du livre, homo est un genre animal qui, dès le début de son existence, se caractérise par une aptitude très importante à migrer et à étendre son habitat. Des premiers hommes présents en Afrique aux premiers homo sapiens, des homo neanderthalensis aux premiers habitants de Madagascar (l’un des derniers grands espaces peuplés par l’homme), les auteurs décrivent les différentes vagues migratoires et leurs conditions historiques. Certaines, particulièrement significatives : passage du détroit de Béring, conquête du continent européen ou peuplement de l’Australie font l’objet d’analyses passionnantes. De la Préhistoire, les auteurs nous conduisent progressivement jusqu’à l’époque moderne. Les rythmes migratoires s’accélèrent, en grande partie grâce à l’amélioration des infrastructures de transport. Néanmoins, il est frappant de constater à quel point les traces archéologiques laissées par les migrants restent modestes : Vikings, Goths et esclaves africains ne nous ayant laissé que peu d’écrits. Et nos connaissances au sujet des grandes migrations de l’histoire restent encore lacunaires et pleines de préjugés. On s’étonne en particulier de la persistance de débats à propos des grandes migrations de la fin de l’Antiquité et du Haut Moyen-Âge. Finalement, ce livre transcrit bien notre état de (mé)connaissance des migrants et des phénomènes migratoires. Le lecteur se trouve comme face à un chapelet d’îles sans jonction les unes avec les autres. Et, si la ligne directrice voulue par le colloque accentue peut-être ce phénomène, la profonde érudition des auteurs incite le lecteur à la modestie : le sujet mérite encore de vrais approfondissements.