Société |  Pauline Delage |  Textuel, 2018, 160 p., 15,90 € Par Jean Vettraino | 16 mai 2018
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Alors même que l’égalité femmes-hommes a été déclarée grande cause du quinquennat d’Emmanuel Macron, les droits des femmes pourraient-ils disparaître ? C’est ce qu’explique Pauline Delage, sociologue universitaire, dans ce livre d’intervention centré sur la France d’aujourd’hui. La menace est triple : des attaques venant de groupes conservateurs, un « désengagement » de l’État social – passant notamment par des restrictions budgétaires, pointées à juste titre –, ainsi qu’une certaine conception de l’égalité et des droits des femmes. Centrée sur les seuls individus et déliant la question « femmes » des autres questions sociales, cette vision de l’égalité renoncerait à transformer les structures sociales reconduisant des formes de domination à l’encontre des femmes elles-mêmes, à commencer par les plus vulnérables d’entre elles. Pour éclairer ce paradoxe, l’auteure rappelle que la catégorie « femmes » est plurielle et qu’elle doit toujours être mise en lien avec le statut social, culturel et « ethno-racial » des intéressées. La question de l’égalité professionnelle par exemple, si elle s’entend surtout au niveau des cadres, risque fort de déléguer le « sale boulot » aux femmes des classes populaires et de laisser leurs conditions de travail et d’emploi dans un angle mort... Pauline Delage rappelle aussi que l’État n’a pas toujours défendu les droits des femmes et, surtout, que l’action publique n’est jamais neutre : elle façonne les rapports sociaux, dont ceux de genre, et donc les inégalités entre hommes et femmes. Ainsi, le manque de places en crèche pénalise en particulier les familles défavorisées, et l’effectivité du droit à l’avortement est moindre pour les femmes en situation de précarité. D’autres cas, appuyés sur des études, appuie un propos très critique – c’est le sens de la collection « Petite encyclopédie critique » dans laquelle paraît l’ouvrage – mais fondé. En revanche, la montée en généralité qui voit dans l’annonce du projet de loi sur les violences faites aux femmes et, plus largement, dans l’action et la communication gouvernementale dans le domaine, l’affirmation d’un « féminisme néolibéral » est plus fragile. Surtout si ce dernier est censé « renouvel[er] […] un projet de domination sociale et culturelle ».