Politique |  Dominique Schnapper |  Odile Jacob, 2017, 345 p., 26 € Par Jean-Marie Carrière | 11 avril 2018
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Ce recueil rassemble 22 articles et publications de Dominique Schnapper, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), échelonnés entre 1988 et 2015. Les douze premières contributions, dont l’important article de 2011 « L’engagement », sont regroupées sous le titre « Le lien démocratique » ; les dix autres traitent de « Citoyenneté et pluralisme ». Grâce à un effort persévérant à parcourir la distance entre théorie et observation – dans les deux sens –, la sociologue ouvre un récit différent et nouveau sur la politique et aide ainsi à penser la démocratie en France et son évolution. Plusieurs articles sur l’étranger-immigré, les « israélites », l’islam, cherchent à comprendre les personnes à travers les interactions qu’elles mettent en œuvre avec les autres, tout autant qu’avec des comportements et des institutions. Prendre de la distance avec une pensée économiciste ou une approche explicative focalisée sur les catégories socioprofessionnelles permet de faire apparaître plus nettement la liberté de nous adapter et l’idée majeure que la société est le produit des interactions des acteurs. Si l’État est, dans la société, au centre du jeu social, il convient de distinguer la politique qu’il mène en mettant en œuvre des mesures, de la politique née des interactions et qui fait signe vers le contrat social. Pour autant, les analyses de Dominique Schnapper ne sont pas construites sur une pensée de l’individu, mais plutôt sur une pensée de la citoyenneté (d’où l’étude de l’engagement, où se trouvent mobilisées et articulées les ambitions des citoyens, et qui offre un fondement à la transcendance démocratique). Advient alors la nécessité d’une réflexion sur la manière dont la société organise la relation aux autres, en particulier grâce aux institutions. Ces dernières constituent les garde-fous nécessaires pour contenir les dérives des démocraties extrêmes ; elles sont des médiations incontournables, enracinées dans l’histoire ; surtout, elles reflètent le respect des citoyens à l’égard des principes qui les animent ensemble. L’article de 2007 sur le musée Louvre Abu Dhabi est ici symptomatique de l’affaiblissement de l’esprit civique, où l’institution perd de son pouvoir. C’est tout l’intérêt d’un recueil d’articles, à la différence d’un ouvrage, où la cohérence est construite, de donner à sentir les lignes de force qui animent une recherche attentive au réel, ici ce jeu fécond entre « interactions » et « institutions ».