Société |  Jean-Pierre Durand |  Le Bord de l’eau, 2017, 330 p., 22 € Par Louise Roblin | 7 mars 2018
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Jean-Pierre Durand observe le travail et voit dans son évolution une rupture anthropologique. Disciple de Gramsci, il met au jour le lien entre les nouvelles exigences du travail et la vie privée (consommation, mœurs, vie quotidienne). Sa thèse : l’homme s’adapte physiquement, mais aussi moralement et intellectuellement, aux exigences du travail, à des fins d’efficacité productive toujours croissantes. L’avènement du « lean management », cette révolution organisationnelle venue du Japon, instaure dans les usines et les entreprises un fonctionnement en flux tendu à main-d’œuvre réduite, ainsi qu’un travail en groupe et un mode d’évaluation individuel. L’homme nouveau créé par le « lean management » est autonome et responsable, mais soumis à une « contrainte volontaire » qu’appelle ce double impératif de responsabilisation et d’évaluation individuelle. S’y ajoute le système machinique, qui domine complètement l’homme en le dépossédant du résultat de son travail, mais aussi de la manière d’exécuter les tâches dont il a la charge. Il en découle un homme « clivé », forcé de « réaménager » son psychisme pour survivre. Détérioration de la santé, multiplication des suicides…, le tableau est effrayant et ce d’autant plus que la faiblesse du syndicalisme français implique une faible résistance. À cheval entre analyses sociologique, économique et psychologique, voilà un ouvrage important pour tous ceux qui s’intéressent aux défis du travail.