Religion |  Collectif |  Temps présent, 2018, 152 p., 14 € Par Pierre Duclos | 24 avril 2018
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De lecture aisée, ce livre propose une suite de neuf témoignages de catholiques sur Mai-68, avec une préface de l’historien Denis Pelletier et une postface du théologien Maurice Bellet. Il ne s’agit pas tant pour les contributeurs de raconter leur page d’histoire que de relire l’évènement, le processus personnel dans lequel il a pris place et de conclure sur les transformations dans leur pratique et leur vie spirituelle, dans la continuité du changement induit par le Concile. Des témoignages variés, souvent surprenants, d’autant que les perceptions ont été différentes selon les lieux de vie et surtout l’âge des auteurs. Les textes de Guy Aurenche, ancien président du CCFD - Terre Solidaire, et de François Soulage, ancien président du Secours catholique - Caritas France, surprendront moins le lecteur : étudiants en droit l’un et l’autre, ils disent l’époque, évoquent les débats et les critiques de certains milieux catholiques et rappellent le « partage spontané dans l’espace public ». Deux évêques, alors tous deux professeurs de théologie dans un grand séminaire (à Reims et Arras) livrent leur témoignage. Mgr Gaillot parle du partage de la question du sens, de l’appel à vivre autrement, en liberté. Mgr Jacques Noyer rappelle d’abord, à propos de la période post concile, « notre attente et notre désarroi ». Il décrit mai juin 68 au grand séminaire, puis les réformes des années 1970, marquées par une réduction des vocations et les regroupements des structures. « On freinait car… on avait eu peur en 68 ». Partout, « des lieux d’opposition apparaissent bientôt fédérés par Mgr Lefebvre ». Gui Lauraire, alors dans une équipe paroissiale à Sète, raconte les réunions entre prêtres. Nommé, en septembre 1968, professeur de théologie au grand séminaire de Viviers, il évoque l’évolution de son fonctionnement, de la manière d’enseigner, la mise en place d’un troisième cycle avant l’arrêt de ce séminaire dans les années suivantes. Jacques Musset, bibliste, qui était alors aumônier de lycée à Nantes, parle d’un « décapage éprouvant » : un « exode » sur un chemin incertain qui l’a conduit huit ans après à vivre la foi différemment et à quitter le ministère. Il s’avoue « profondément heureux » de ce cheminement. Quant à René Poujol, ancien directeur de l’hebdomadaire Pèlerin, étudiant en 68 à la faculté de droit de Toulouse, il revoit « un vieux monde qui s’écroulait pour le meilleur et pour le pire. Nous avons connu les deux ». « Nous voulions simplement épurer l’héritage, retrouver la source, et nous accorder sur ce qu’il était important de transmettre ».