Société |  Yves Citton |  Seuil, 2017, 416 p., 23 € Par Émeline Baudet | 23 mars 2018
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Dans cet essai, Yves Citton renouvelle une critique des médias que des philosophes et sociologues mènent depuis un demi-siècle. Il cherche en particulier à comprendre ce qui empêche aujourd’hui l’existence de véritables débats à propos des décisions politiques nécessaires dans une société démocratique. Cela tient, à ses yeux, à l’existence d’une « médiarchie », cette structure complexe d’expériences et de jeux de pouvoir qui conduisent à l’effacement des peuples, au profit des publics, comme sources du pouvoir. Pour déchiffrer l’effet sur nous des médias, les transformations individuelles et collectives qu’ils impliquent, il construit leur archéologie historique. Dans un parcours d’une grande richesse documentaire, il s’efforce ainsi de saisir les racines conceptuelles et philosophiques qui ont sous-tendu l’invention des médias contemporains à partir des media comme vecteurs d’informations de manière générale. La troisième partie, très originale, revient sur le concept de médium et sur les expériences de communication qu’il a engendrées, en lien avec l’occultisme ou le magnétisme. Il élargit alors la réflexion finale aux méta-médias et aux transformations induites par la révolution digitale. L’auteur déconstruit les idées reçues sur le numérique, en montrant qu’il repose sur la centralisation et la dépendance à des « intrastructures » qui n’ont rien de démocratiques. Il appelle donc à mener une révolution « médianarchique » pour retrouver le contrôle de nos environnements et nos capacités d’attention.