Monde |  Martin Barzilai |  Libertalia, 2017, 201 p., 20 € Par Pierre Gibert | 6 avril 2018
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Pour qui a vécu en Israël un temps suffisamment long, la réalité est souvent éloignée du discours national et de la vision religieuse, sans parler des propos des dépliants touristiques. C’est de la complexité de ce territoire que témoignent les « Refuzniks », celles et ceux qui ont décidé de dire « Non » à l’armée en Israël de façon lucide et courageuse. Il faut lire ces pages, sans concession face à la vérité que rapportent ces citoyens israéliens, natifs des lieux, d’ascendance juive. De tous âges et de toutes conditions, il leur fallait dire Non ! Non à un État pourtant tutélaire et en principe d’essence démocratique, mais excluant tous ceux qu’il se refuse à reconnaître comme compatriotes, ces « autres », non moins nombreux, et là depuis toujours. De ces 47 Refuzniks, entre 20 et 70 ans, dont certains s’avouent athées, Martin Barzilai et son préfacier Eval Sivan confient le témoignage de leur accord pour interroger une « démocratie » qui ne l’est que pour une seule partie des occupants du sol. Quand les autres se voient aujourd’hui niés et maltraités, tout indigènes qu’ils soient, au mieux négligés, au pire enfermés dans des camps depuis plus d’un demi-siècle, étrangers sur leur terre. C’est à ce croisement de « discours » et de négativisme que s’offre à lire ce livre terrible, passionnant et juste.