Société |  Jean-François Staszak (dir.) |  PUR, 2017, 212 p., 22 € Par Jean Vettraino | 12 février 2018
Print Friendly



Frontières en tous genres interroge les rôles et effets de la frontière sur les collectifs sociaux. Rédigé par six enseignants du département de géographie et environnement de l’université de Genève, ce livre est original à plus d’un titre. D’abord, par une large place faite aux images – de nature et d’époque diverses, reproduites avec soin – supports de la réflexion et non simples illustrations. Ensuite, en intégrant les questions de genre et postcoloniales, ainsi que les apports de la géographie anglophone. Mais, surtout, par la manière dont il aborde les frontières, définies comme « dispositif matériel et symbolique fonctionnant de façon performative ». Comme l’indique son sous-titre, « Cloisonnement spatial et constructions identitaires », l’ouvrage propose un renversement de perspective : les frontières ne serviraient pas tant à délimiter un espace propre à chaque groupe qui lui pré-existerait, qu’à faire advenir ces groupes. Les frontières ne sont jamais naturelles – même lorsqu’elles portent sur la « nature » ou la biodiversité comme le montre Juliet Fal – ; elles sont construites, dans le temps, dans l’espace et dans les imaginaires, que ces derniers soient nationaux, raciaux, genrés ou autres. L’étude des imaginaires, sous un angle géographique, est ici est très présent : « Tout imaginaire social a une dimension spatiale proprement constitutive ». Ainsi, dans un chapitre sur les grands découpages du monde, les auteurs rappellent qu’ils sont nécessairement biaisés ; ils « véhiculent des idéologies et servent des intérêts » et, in fine, ils ordonnent un monde tout en prétendant le décrire. Décryptant diverses démarcations, du Canada à l’Afrique du Sud en passant par la frontière franco-allemande et la Russie, l’ouvrage ouvre à des formes de décloisonnements et de recompositions identitaires : des ponts (intellectuels), pas des murs.