Société |  Patrice Huerre,
François Robine
 |  Odile Jacob, 2017, 221 p., 23 €
Par Annie da Lage | 27 février 2018
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La démarche est originale : réunir un psychiatre et un agent immobilier pour écrire ce livre sur l’évolution des nouvelles générations autour de l’idée de « chez-soi ». Les maîtres-mots de la génération Y : mobilité et connexion… La génération des trentenaires est nomade ! L’adresse postale perd sa place face à l’adresse email ; on ne reçoit plus chez soi, mais à l’extérieur. Finie la maison de famille où plusieurs générations se sont succédé, fini le salon où trônait la télévision regardée en famille, exit les meubles anciens conservés d’héritage en héritage. Bien sûr, on est content de retourner dans cette maison à l’occasion de fêtes ou de repas de famille et de s’y réfugier en cas de coup dur, mais le nouveau chez-soi est bien différent, reflet non plus d’un rang social mais d’une classe d’âge. Le désir de prendre son indépendance dès le premier salaire, l’incertitude de la vie professionnelle, les séparations et les recompositions familiales font que le domicile est là où on se pose sans trop s’y investir, car on n’envisage pas de s’y attarder. Mais avec 7 objets connectés par famille, on est en permanence relié aux « amis » via les réseaux sociaux et les portables. La cuisine devient la pièce à vivre, avec, au centre le « frigo ». Pour le reste, chacun vit sa vie et le chez-soi a une valeur fonctionnelle : on est chez soi sans y être. Les difficultés d’adaptabilité des logements, les contraintes de la copropriété sont autant de lourdeurs qui freinent cette population nomade à s’investir dans l’esthétique. Le fonctionnel domine : que de multiples câbles envahissent l’espace ne pose pas de problème, pas plus que l’absence de place laissée aux livres… si ce n’est aux toilettes ! Le passage à la parentalité nuance un peu les choses. À quand les appartements à cloisons modulables, avec des lieux de rencontre, autrement dit, un « habitat participatif » ? Si les urbanistes y réfléchissent, les architectes n’y sont pas prêts. Or la tendance ne s’inversera probablement pas ! L’analyse est éclairante mais semble ne concerner qu’une frange restreinte de trentenaires, urbaine et aisée. Qu’en est-il des autres, les ruraux et ceux à revenu modeste ?