Société |  Carolin Emcke |  Seuil, 2017, 222 p., 17 € Par Edwin Hatton | 16 février 2018
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« On hait indistinctement. Il est difficile de haïr avec précision. » Cette idée est au cœur de l’essai de Carolin Emcke, Contre la haine. Plaidoyer pour l’impur, qui interroge la recrudescence de la haine raciale, xénophobe, sexiste et homophobe dans nos sociétés. En analysant les ressorts de ce phénomène, elle entend « déconstruire le mythe selon lequel la haine serait une chose naturelle, donnée a priori ». Elle prétend aussi soumettre à l’examen critique l’inquiétude supposée de l’opinion publique, souvent invoquée pour légitimer le rejet et la discrimination des minorités. La démarche de Carolin Emcke peut se résumer dans cette proposition résolument humaniste : « Observer et critiquer les actes et non les personnes ouvre la possibilité que celles-ci se distancient de leurs actes, qu’elles puissent changer. » Après une réflexion sur les mécanismes psychologiques qui nous conduisent à aimer et à haïr, l’auteure revient longuement sur deux situations, l’une de « misanthropie de groupe » (une manifestation organisée contre l’arrivée d’un bus de réfugiés dans une petite ville allemande), l’autre de « racisme institutionnel » (la mort « accidentelle » d’un Noir lors d’un contrôle de police à New York). Dans les deux cas, la haine s’exerce contre des êtres privés de toute individualité et réduits au statut de représentants d’un groupe perçu comme menaçant. Ces actes procèdent d’une recherche de pureté et d’homogénéité étudiée dans la deuxième partie du livre, en s’intéressant notamment à l’hostilité que suscitent les personnes transgenres et à la doctrine des djihadistes. S’il ne développe pas d’idée réellement nouvelle sur le sujet, cet ouvrage convainc par son caractère très documenté et touche par sa tonalité personnelle, qui évoque le Retour à Reims de Didier Eribon.