Société |  David Le Breton,
Philippe Breton
 |  Érès, 2017, 160 p., 13 €
Par Émilie Reclus | 2 février 2018
Print Friendly



Cette conversation, reprise en format de poche huit ans après sa première parution, réunit un spécialiste de la communication et de l’argumentation, Philippe Breton, et un autre qui s’intéresse au corps et au silence, David Le Breton. Procédant parfois par mise en abîme (le premier chapitre porte justement sur la conversation), elle s’étend librement sur de vastes domaines comme « la rencontre » ou « l’écriture », ainsi que sur les thèmes de prédilection des auteurs comme « le corps » ou « l’indicible ». Comme le souligne le titre, l’entrelacs de la parole (distinguée de la communication et de l’oral) et du silence, qui ne semble prendre ici qu’une acception positive, sous-tend l’ensemble des réflexions. Les sensibilités – plutôt décliniste pour David Le Breton qui n’hésite pas à conclure à une « désorientation radicale de tous les repères », plutôt optimiste pour Philippe Breton qui pointe la force de la parole et les nouveaux lieux où elle émerge – se confrontent. Les accords, nuances et désaccords ne sont pas ignorés. Sur le statut de la parole dans notre démocratie contemporaine, ou sur la question du sacré par exemple : « Notre différence s’éclaire : pour toi, le sacré est d’une part premier (…), et d’autre part intimement lié au silence. Pour moi, il n’y a pas de ‘stade premier’ et le sacré est d’emblée produit au sein du religieux et de son institutionnalisation, qui sont étroitement dépendants de la parole. » Ce dialogue, docte, moins précis que les ouvrages respectifs des auteurs, évoque la « poétique du monde », parle beaucoup d’être et d’intériorité, mais non de différence ayant trait au sexe ou au statut social des locuteurs. Il propose aussi, en filigrane, une « éthique de la discussion », un peu déclamatoire peut-être, mais utile en ce qu’elle renoncerait « à toute violence par la parole ».