Monde |  Justin Podur |  Écosociété, 2016, 248 p., 20 € Par Alice Corbet | 29 septembre 2017
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Ne vous laissez pas tromper par le sous-titre de cet ouvrage : Justin Podur, enseignant canadien qui n’a passé que quelques semaines en Haïti, n’écrit guère sur le séisme. En revanche, résolument pro-Aristide (le controversé président haïtien en 1991, puis de 1994 à 1996), il relate dans La nouvelle dictature d’Haïti le « coup d’État » qui l’a renversé et l’installation de ce que l’auteur appelle une « dictature internationalisée » dans le pays. Une « nouvelle dictature » qui n’est jamais définie, faite de « l’occupation onusienne », de l’obscure et malfaisante « communauté internationale » et de la présence d’ONG forcément à la botte des États qui les financent. L’éventualité de l’indépendance de ces ONG n’est d’ailleurs jamais envisagée dans l’ouvrage, ni celle des médias, toujours manipulables et crédules, l’auteur se gardant également d’évoquer les failles d’Aristide ou les « chimères », les milices qu’il finançait pour mettre en œuvre son pouvoir. Certes, le rôle des puissances étrangères en Haïti est loin d’être limpide et désintéressé, que ce soit durant cette période ou aujourd’hui. Et l’on conviendra que le pays ne gère toujours pas avec autonomie sa propre actualité – notamment parce que l’aide humanitaire demeure une garantie de survie pour une partie de sa population. Néanmoins, l’ouvrage ne réussit pas à convaincre du complot qui s’acharnerait contre la démocratie (forcément incarnée par Aristide ou par son parti Lavalas), aux dépens du bien-être du peuple haïtien. Pour une critique plus éclairée et moins partiale des évènements, qui permette de maintenir une distance critique nécessaire à l’égard de la complexité du cas haïtien, on conseillera donc au lecteur de se tourner vers d’autres auteurs qui relatent avec plus d’honnêteté les épisodes historiques récents et les enjeux géopolitiques du pays (Timothy Schwartz, Paul Farmer, Jonathan Katz).