Société |  Gaël Morel |  France, 2017, 1h 43mn Par Bertrand Hériard Dubreuil | 5 décembre 2017
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Une ouvrière du textile accepte un reclassement au Maroc prévu par la loi en cas de délocalisation. Le film raconte pourquoi Edith (Sandrine Bonnaire) a besoin de « prendre le large ». Elle vit seule à la campagne après la mort de son mari et le départ de son fils. Elle découvre le monde ouvrier marocain. Prise en grippe par la contremaitre, elle finit par être licenciée pour avoir dénoncé le manque d’isolation électrique des machines à coudre. Elle partage alors la vie dure des ouvrières agricoles, jusqu’à en tomber malade. Elle est finalement secourue par sa logeuse et son fils. Ces retrouvailles lui permettent de se réconcilier avec son propre fils. Et l’amitié avec sa logeuse lui redonne un horizon humain et professionnel. Cette histoire pourrait paraître anecdotique si elle ne révélait pas combien le chômage est singulier. Derrière la froideur des chiffres se cachent des drames que des indemnités ne sauraient compenser. Edith est fille d’un ouvrier qui n’a jamais quitté son poste, même quand il était malade : le travail est toute sa vie, sa dignité. Elle vivait seule à la campagne, et le fait d’accepter de partir au Maroc l’isole encore plus : ses camarades d’usine, son fils, personne dans la société marocaine, ne comprennent sa démarche. Etrangère, elle finit pourtant par se lier d’amitiés avec les femmes qui vivent la même injustice. Edith aurait pu être l’héroïne d’un reportage de Florence Aubenas. Ce film nous raconte combien la peur du chômage est subjective. Comme le rappelle le pape François : « les personnes ont des visages, elles nous obligent à une responsabilité réelle, active, personnelle ».