Monde |  Catherine Wihtol de Wenden |  Presses de Sciences Po, 2017, 230 p., 17 €, 3e édition entièrement actualisée, Par Jean Vettraino | 6 décembre 2017
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Comme Faut-il ouvrir les frontières ?, reparu cette année chez le même éditeur, La question migratoire en est à sa 3e édition… Saluons cette actualité éditoriale, tant une approche factuelle des migrations peinent à prévaloir en France, comme dans les sphères européennes ou internationales ! On y retrouve l’esprit de synthèse et la pédagogie qui font la force des ouvrages de la politiste Catherine Wihtol de Wenden. Elle y reprend ses thèmes de prédilection, en rappelant que les migrations font « partie de la texture sociale des relations internationales », dans un monde aux interdépendances et aux mobilités croissantes. S’appuyant sur des données chiffrées et des travaux de chercheurs, elle prend soin d’inscrire les questions abordées dans une perspective historique (les apatrides par exemple, estimés à dix millions d’individus aujourd’hui, existaient déjà en droit romain). Elle met à jour les tensions et contradictions entre la réalité des flux contemporains et le contexte institutionnel international, et en restitue les grandes tendances : régionalisation des flux migratoires, apparition de flux nouveaux, évolution des diasporas (ce qui permet en passant d’enrichir la notion même de réseau). Elle se penche notamment sur le cas philippin, quatrième diaspora du monde, après les Mexicains, les Chinois et les Indiens. Elle explique aussi comment, depuis une vingtaine d’années, l’individu est redevenu un acteur majeur des relations internationales. Proche en cela de penseurs comme Bertrand Badie ou Étienne Balibar, elle souligne que « outre la frontière et le territoire, la définition même de la citoyenneté est bouleversée : elle devient transnationale, plurielle quant à ses références, avec des appartenances identitaires multiples; elle s’enrichit de nouvelles valeurs ». L’auteure montre enfin la (trop) lente progression et l’absolue nécessité d’une gouvernance mondiale (ou « globale ») des migrations. Nos politiques sauront-ils – enfin – l’entendre ?