Politique |  Sarah Mazouz |  ENS Éditions, 2017, 282 p., 24 € Par Edwin Hatton | 15 novembre 2017
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Issu d’une thèse de sociologie, cet ouvrage s’intéresse à la façon dont la République traite ses « autres », c’est-à-dire ses immigrés et leurs descendants. Il se focalise sur trois dispositifs qualifiés de « politiques de l’altérité » : les commissions de promotion de l’égalité des chances et de la citoyenneté, la procédure de naturalisation et les cérémonies de remise des décrets de naturalisation. En stage pendant plusieurs mois dans une préfecture francilienne, Sarah Mazouz a eu tout le loisir d’en étudier le fonctionnement, tout en effectuant, au même moment sa propre démarche de naturalisation. Ses analyses sont ponctuées d’extraits de son carnet d’enquête qui permettent d’approcher au plus près les mécanismes de racisation qu’elle décrit. Elle nous donne ainsi à voir les arcanes d’une politique publique jusque dans ses moindres détails. Par exemple, quand les employés de préfecture sous-évaluent systématiquement les diplômes des candidats à la naturalisation issus d’anciennes colonies britanniques, en leur attribuant un niveau « collège », alors qu’ils ont un niveau « college » (licence). Sarah Mazouz se garde toutefois de mettre tous les fonctionnaires dans le même sac, restituant la diversité de leurs attitudes. Elle passe également de l’autre côté du guichet en recueillant la parole des candidats à la naturalisation. La République et ses autres brosse un tableau critique mais passionnant de la France des années 2005-2006, entre reconnaissance ambiguë des discriminations et affirmation de l’identité nationale. On aurait aimé que l’auteure poursuive sa réflexion à partir des évolutions de la décennie écoulée depuis son enquête ; ce sera peut-être l’objet d’un prochain ouvrage.