Société |  François Hartog |  Gallimard, 2017, 154 p., 16 € Par Émilie Reclus | 13 novembre 2017
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Cet essai, bref et dense, prend la forme d’un voyage sur les traces d’Ernest Renan (1823-1892) – savant et publiciste éminent ; la portée de son œuvre, à l’époque, équivalait quasiment à celle de Victor Hugo –, de sa maison natale à Tréguier (Côtes-d’Armor) à l’Acropole d’Athènes, en passant par le Quartier latin à Paris. Un voyage à travers ses œuvres également, comme les Dialogues philosophiques, ou la fameuse Vie de Jésus, véritable best-seller qui lui valut durablement l’injure de « grand blasphémateur ». Un voyage, enfin, parmi ses relations ou dans sa correspondance, notamment avec Marcellin Berthelot. Mais il ne s’agit pas tant pour l’historien François Hartog de revenir sur la vie de Renan que d’interroger nos conceptions actuelles de la nation, de la religion et de l’avenir. Sa méthode est faite d’allers-retours présent-passé/passé-présent, sans jamais écraser l’un sur l’autre (pour Renan, « il ne faut demander au passé que le passé »). Il s’agit de confronter des configurations du passé avec celles d’aujourd’hui, pour en mesurer les écarts. Ce qui permet de mieux regarder les configurations de notre présent, d’en mesurer l’étrangeté. Ainsi, la conception de la nation pour Renan comme « une forme politique spécifique, qui avait un début et aurait une fin », reposant sur une volonté d’être ensemble, un désir de faire des choses ensemble ainsi qu’une mémoire collective, est-elle éclairante. De même, la mise en regard du « Manifeste accélérationniste » de 2013 ou du projet transhumaniste avec la conception du futur de Renan… Quant à la religion, qu’a à nous dire la question d’un « retour religieux » posée à la fin de son livre testamentaire (et pourtant rédigé en 1848) L’avenir de la science ? Au final, François Hartog poursuit ici son souci, constant et précis, de rouvrir l’avenir, en reliant mieux passé, présent et futur.