Société |  Byung-Chul Han |  PUF, 2017, 94 p., 11 € Par Émilie Reclus | 30 novembre 2017
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Dans un essai enlevé, Byung-Chul Han, professeur de philosophie à l’Université des arts de Berlin, s’emploie à cerner la « société de transparence » en neuf courts chapitres : société positive, société d’exposition, société d’évidence (du latin videre, voir), société pornographique (au sens où tout est livré au regard), société d’accélération, société de l’intime (en repartant du travail de Richard Sennett), société de l’information, société de dévoilement (en repartant de Rousseau), société de contrôle. Pour l’auteur, on ne saurait en effet réduire la transparence aux questions de corruption et d’information. Cette notion a partie liée au « lisse » et au nivellement, à l’absence de toute négativité (aspects développés dans des ouvrages précédents). Ainsi, les actes seraient transparents lorsqu’ils deviennent « calculables, guidables et contrôlables » et les choses lorsqu’elles perdent toute singularité. À cette aune, la société de transparence serait « un enfer de l’identique », un peu plus infernal à mesure que le système marchand capitaliste étend son emprise. Car l’argent rend « tout appariable avec tout » et « abolit toute incommensurabilité ». De même, « le capitalisme accentue la pornographisation de la société en exposant tout sous forme de marchandise et en la livrant à l’hypervisibilité »… L’enfer résiderait aussi dans une forme particulièrement efficace de contrôle, permise par les nouvelles technologies alliées à une « surexposition » consentie et voulue des individus. Le panoptique imaginé par Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe siècle est en ce sens dépassé : la société de contrôle se parachèverait dans un « panoptique digital » où chacun est sous le regard de tous.