Société |  Olivier Milhaud |  CNRS éditions, 2017, 300 p., 25 € Par Alain Cugno | 10 octobre 2017
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L’intérêt de Séparer et punir, ouvrage issu de la première thèse française de géographie consacrée à la prison, est d’abord épistémologique. Il s’empare du concept de dispositif, au sens très précis qu’a ce terme chez Michel Foucault, renvoyant « initialement à 'des opérateurs matériels de pouvoir', réseau reliant 'un ensemble résolument hétérogène, comportant des discours, des institutions, des aménagements architecturaux […], bref du dit aussi bien que du non-dit' », pour lui donner une interprétation géographique, c’est-à-dire spatiale. La prison est donc un dispositif travaillant l’espace autour d’une contradiction fondamentale : couper tous les liens avec l’extérieur par sécurité et les maintenir par humanité. Mais ce n’est rien dire encore : il faut croiser les échelles, jouer entre le plus lointain et le plus proche, les points de vue des personnes détenues, de leurs familles, des surveillants, des architectes, des politiques. Des logiques différentes apparaissent. Elles interfèrent et engendrent un ensemble d’une complexité gigantesque, manifestant des écarts prodigieux, par exemple entre les intentions des architectes et ce qui se passe sur le terrain, ou bien créant des apparences d’intention qui ne sont que des artefacts (non, ce n’est pas une intention politique punitive qui éloigne les prisons des centres-villes). Peut-être trois conclusions à tirer de cet ensemble fourmillant du fait même de son objet. D’abord, une logique se dessine qui remplace peu à peu les intentions par des conséquences imposées de l’extérieur (par exemple : non plus comprendre les personnes détenues, mais prévoir statistiquement leurs comportements). Ensuite, la prison réelle ne cherche pas à surveiller et punir, mais à séparer jusque dans les phénomènes de surpopulation (contre Foucault). Enfin, on ne peut oublier son inutilité et son inhumanité foncières, que personne ne veut, mais qui sont là.