Société |  Emmanuel Renault |  CNRS Éditions, 2017, 284 p., 25 € Par Jean Vettraino | 11 septembre 2017
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Le titre est neutre d’apparence mais le parti pris tranché : Emmanuel Renault, philosophe se jouant des frontières disciplinaires, entend engager la théorie critique, aussi systématiquement que possible, dans les luttes contre l’injustice et la domination. Il poursuit dans ce livre particulièrement dense une réflexion entamée depuis une vingtaine d’années. Repartant de La lutte pour la reconnaissance (1992) de Axel Honneth, l’auteur trace ici une voie -étroite et  quelque peu ardue pour qui ignore l’école de Francfort - pour une théorie qui s’ancrerait dans l’expérience sociale et placerait en son centre les questions de domination et de conflictualité. Il analyse les modèles attachés à la reconnaissance et à la domination, de Hegel à Bourdieu (et La Boétie), en passant par Dewey et George Herbert Mead. Il dresse également une typologie du déni de reconnaissance. Il y a « reconnaissance instable » quand, par exemple, un salarié, du fait de l’organisation de son entreprise, ne peut plus donner ni recevoir des marques de reconnaissance satisfaisante. Une « reconnaissance clivante » lorsqu’un élève sera reconnu par l’institution scolaire mais que celle-ci ne reconnaîtra pas son milieu ou sa culture d’origine. Les deux chapitres les plus intéressants du livre sont sans doute les enquêtes de terrain menées par l’auteur. L’une auprès d’un groupe de punks de Saint-Brieuc, dont l’approche permettrait de ne pas dépolitiser leur mode d’existence (contrairement aux approches dominantes des sciences sociales). L’autre auprès de lycéens et lycéennes (leur point de vue étant nettement différent) de Vénissieux, Bondy ou des quartiers nord de Marseille; la réaction des lycéens à l’institutionnalisation du « discours du respect » est analysée avec finesse. Mais d’autres enquêtes seront nécessaires pour convaincre de la spécificité de l’approche proposée et mieux asseoir les perspectives théoriques qui en sont tirées.