Société |  Bernard Ravet |  Kero, 2017, 240 p., 16,90 € Par Françoise Lorcerie | 20 septembre 2017
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Il y a dans Principal de collège ou imam de la République ? quatre ingrédients dont la réunion fait toujours recette : islam, laïcité, école, Marseille. C’est le livre témoignage de Bernard Ravet, ancien principal de collège à Marseille, qui a notamment dirigé trois établissements situés dans un environnement majoritairement pauvre et musulman. Il tire de son expérience des scènes variées, quelques-unes heureuses ou cocasses avec des élèves ou des parents d’élèves. Mais il en tire surtout des souvenirs pénibles, dont un particulièrement traumatisant par lequel il ouvre son récit : un caillassage, vécu lorsqu’il était seul à son bureau, qui le visait et aurait pu lui coûter la vie. Il dit son sentiment d’avoir été abandonné par sa hiérarchie, « silence radio », et d’avoir dû organiser seul la résistance. Il se dépeint alors comme un « pédagogue offshore », tenant le territoire scolaire de conserve avec la police, en luttant contre les forces mauvaises : violence et délinquance, d’abord, mais aussi religion. « Au début des années 2000, un autre adversaire est apparu. Dieu », écrit-il. Car, pour lui, la laïcité est « une religion sans Dieu ». Toute présence de la religion dans la ville (et il s’en prend spécifiquement à l’islam) est une menace et une concurrence pour les institutions républicaines. Et si le rectorat ne le suit pas dans ses demandes de sanction, c’est par impuissance. Bernard Ravet n’a pas suivi les formations dispensées par le ministère, dans le cadre de la « grande mobilisation pour les valeurs de la République » (2015-2016) pour faire connaître la laïcité selon le droit républicain aux agents de l’école. C’est dommage.