Société |  Marc Grassin,
Frédéric Pochard
 |  Cerf, 2017, 164p., 15€
Par Francis Merckaert | 23 août 2017
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La mort assistée, anthropologie et éthique de la fin de vie au XXIe siècle. L’originalité de ce livre est de se situer au niveau anthropologique, au-delà du regard habituel qui oppose les tenants d’une mort programmée, parfois favorisée, à ceux d’un respect plus naturel mais sans l’excès d’un acharnement thérapeutique. Or le débat sur la fin de vie allie confusion et ambivalence, engendrant des postures simplistes : « être pour ou contre l’euthanasie ». La richesse de la vision anthropologique permet de poser à la fois un regard d’ordre sociologique, mais aussi économique et psychologique sur l’approche du mourant, de la mort et de ses conséquences pour les proches comme pour notre société. Ce regard permet, de manière très libre, d’aborder des questions tabous telles que le coût financier pour la société de maintenir certaines pratiques de réanimation. Un des aspects essentiels ici est celui de la relation. « En déplaçant la question de la mort vers celle de mourir, nous sommes renvoyés à la question de la relation et du lien ». Des liens qui donnent sens à chacune de nos vies mais qui sont aussi des moments essentiels à privilégier durant cette période critique qu’est la fin de vie. Les rites funéraires, qu’ils soient religieux ou non, demeurent des temps essentiels pour faire mémoire de la vie vécue et partagée avec le mourant et pour assurer plus sereinement le deuil et la vie future. A partir d’un regard critique sur notre société, les auteurs nous disent combien l’expression « faire son deuil » traduit le mieux la situation mortifère de la « désocialisation individualiste » du traitement de la crise que vit celle-ci. Ils proposent une solution plus apaisante pour les individus et la société, basée sur le dialogue constructif et bienveillant : « L’incertitude humaniste, la complexité doivent amener à la créativité. Il n’est ainsi pas paradoxal de voir des familles et des professionnels considérer qu’une fin de vie a été réussie, parce qu’elle fut apaisante malgré la technologie, humanisante malgré l’institution et les règles, et que la mort n’a été ni un échec ni une sauvagerie ». Cet ouvrage ouvre bien des portes pour un débat riche et porteur d’espérance dans des moments où la douleur n’est nullement niée mais accompagnée.