Société |  Simon Lemoine |  CNRS Éditions, 2017, 172 p., 20€ Par Jean Vettraino | 23 juillet 2017
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Cet essai de philosophie développe avec clarté ce que Michel Foucault appelait la « microphysique du pouvoir » : à un niveau local, de manière presque imperceptible, des dispositifs contraignent les individus, les instrumentalisant, leur  faisant faire des actions contraires à leurs intérêts. Chaque dispositif fonctionnerait autour d’un triptyque, combiné de manières différentes : discours, aménagements architecturaux, surveillances. Les micro-violences ainsi produites tirent leur force du fait qu’elles sont combinées et répétées; toutes visent à augmenter la « productivité » et la « discipline » des individus. Dans un call center, par exemple, ou à la caisse d’un supermarché, l’accumulation de dispositifs micro-violents visent à augmenter la cadence et à réduire les marges de manœuvre de chaque employé, mais aussi des clients. Contrairement à leur évidence dans les cas de harcèlement moral, ces micro-violences visent très rarement à blesser les individus. Le principe de hiérarchisation et de classement du système scolaire, ou le fait d’accepter un travail en dessous de ses compétences n’ont pas pour objet de faire mal; ils constituent tout de même une forme de violence. Un des points clés du raisonnement tient à ce qu’il n’y a pas de projet d’ensemble à cette microphysique du pouvoir : tout le monde est pris dans les dispositifs. Pour autant, Simon Lemoine insiste sur les asymétries de pouvoir : les positions dominantes de certains font converger les micro-violences sur d’autres, les personnes moins bien dotées socialement et économiquement. Au-delà, c’est une théorie de l’aliénation contemporaine qui est ainsi proposée, une aliénation d’autant plus efficace qu’elle sait se faire discrète. Pour autant, nous ne sommes pas impuissants : le dernier chapitre du livre propose de contrer les micro-violences, notamment en se réappropriant les différents dispositifs afin qu’ils deviennent des lieux d’émancipation des individus. Et de montrer que la résistance à l’assujettissement ne sera que collective.