Économie |  Kaushik Basu |  Les Éditions de l'Atelier, 2017, 313p., 25€ Par Louis Bouret | 2 juillet 2017
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Ce livre constitue un exemple trop rare de critique de la pensée économique à partir de ses propres présupposés. L'auteur déconstruit méthodiquement et rigoureusement quelques grands dogmes, à commencer par celui de la « main invisible » formulé sous forme d'hypothèse par Adam Smith. Kaushik Basu n'est certes pas le premier à dire que ce postulat est fort éloigné de la manière dont les économies fonctionnent réellement, mais il en fait une démonstration patiente et précise. L'inconvénient, c'est que son cheminement paraîtra souvent long et austère à ceux qui n'ont pas l'habitude de penser à travers le formalisme de la science économique. L'auteur explore avec la même rigueur d'autres limites de l'orthodoxie économique. L'une d’elles est ce qu'il appelle « la chimie des groupes », à savoir les processus sociaux qui régissent le fonctionnement des groupes humains et qui font que nous n'agissons pas toujours en fonction de notre seul intérêt personnel. Comment expliquer, par exemple, les comportements coopératifs sans postuler l'existence de motivations désintéressées ? En abordant ce sujet, l'auteur doit reconnaître la nécessité de rompre avec l'individualisme méthodologique, véritable pierre angulaire de la pensée économique depuis les travaux de Carl Menger. Kaushik Basu en inventorie les principaux points et identifie un certain nombre de champs à explorer – pour résumer, le vaste domaine de l'anthropologie et de la sociologie de l'identité. Il reconnaît, avec une vraie probité intellectuelle, qu’il n'a cependant pas les moyens d'intégrer les connaissances issues des sciences sociales au formalisme de la pensée économique. Mais son livre constitue une pierre d'attente qui peut faire date dans l'avancée laborieuse du débat entre l'économie standard et les autres paradigmes méthodologiques dans le champ des sciences sociales.