Politique |  Benjamin Sourice |  Charles Léopold Mayer, 2017, 180 p., 19 € Par Jean Vettraino | 10 juin 2017
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À l’horizon de cet essai : le nouvel idéal démocratique qui s’incarne sur certaines places publiques depuis 2011 en Europe. Il repose sur l’analyse du mouvement du 15 mai 2011 (le 15-M), parti de la Puerta del Sol à Madrid (lui-même inspiré de l’occupation de la place Tahir au Caire), de celui qui saisit la Grèce à partir de 2011, et du mouvement Nuit debout à Paris au printemps 2016. L’enracinement militant de l’auteur est assumé, qu’il s’agisse de ses références théoriques ou de sa participation à la préparation et à l’animation de Nuit debout. Des entretiens avec différents acteurs engagés donne de la chair au propos : Simona Levi, militante barcelonaise et membre du réseau cyberactiviste Xnet, expliquant que le 15-M a été préparé des mois à l’avance (contrairement au caractère de spontanéité que lui ont prêté de nombreux médias); Romain, membre d’une équipe de secouristes bénévoles place de la République, confronté aux violences répétées des forces de l’ordre… À travers une galaxie de réflexions, portant notamment sur l’amélioration des processus délibératifs, des modes d’action, dont celui d’assurer les conditions matérielles des espaces occupés n’est pas des moindres, le « peuple des places » n’est pas tant dans une logique partisane que « prodémocratique ». Il exprimerait une double aspiration : renverser les élites politico-économiques et reconfigurer l’État, vers plus de justice et d’égalité, de participation citoyenne et de décentralisation. Parce qu’ils sont vivants, ces mouvements sont traversés de vives tensions, qu’il s’agisse de l’équilibre entre consensus et prise de décision ou de la dialectique entre l’individuel et le collectif. L’enjeu est bien qu’advienne un citoyen réellement acteur de la démocratie, dont Benjamin Sourice avait commencé à dresser le portrait en 2014 dans Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen.