Politique |  Jan-Werner Müller |  Premier Parallèle, 2016, 200p., 18€, e-pub 7€ Par Grégoire Catta | 4 juin 2017
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A l’ère du Brexit, de Trump, Erdogan, Maduro et Poutine, de Orbán, Grillo et Le Pen, cet essai de l’allemand Jan-Werner Müller, professeur de sciences politiques à Princeton tombe à point nommé. Qu’est-ce donc que le populisme ? Selon Müller, la teneur démagogique des discours, la dénonciation permanente des élites, ou encore un positionnement particulier sur l’échiquier politique ne suffisent pas à eux seuls à le caractériser. C’est bien plutôt l’anti-pluralisme qui est fondamental. « Nous – et seulement nous – représentons le peuple véritable » affirment les populistes. Cette revendication d’un monopole de la représentation menace dans son essence la démocratie, elle qui doit permettre les revendications du type « nous aussi faisons partie du peuple » et refusera l’illusion d’un peuple homogène n’ayant qu’une volonté unique. Cette définition, étayée tant sur le plan théorique que pratique à partir de diverses situations aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord et du Sud, permet à Müller de s’engager sur des pistes de réponse. L’exclusion et la tentation de réduire au silence les populistes font entrer dans le même mécanisme que ce que l’on combat : une prétention morale refusant un pluralisme.  La défense de la démocratie dans sa fragilité requiert donc une politique toujours davantage participative permettant la négociation permanente des pluralismes de valeurs ou d’intérêts, et refusant les amalgames trop faciles entre populisme et critiques des systèmes en place.