Société |  Didier Fassin |  Seuil, 2017, 208p., 17€, e-pub 12€ Par Alain Cugno | 25 juin 2017
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Il faut absolument lire ce petit livre sur la punition écrit par un sociologue directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Institute for Advanced Study de Princeton. Il montre d’une manière évidente à quel point l’acte de punir recouvre une part irrationnelle, irréductible, de jouissance chez ceux qui en ont, à un titre ou à un autre, la maîtrise. A quel point les infractions sont jugées non seulement en fonction des faits, du contexte, des circonstances et de la personnalité du délinquant, comme il se doit, mais aussi en fonction des distances sociales : plus l’accusé ressemble socialement au magistrat, plus ce dernier le discerne comme individu et moins il projette sur lui ses préjugés. Tout cela est connu ? Certes. Mais singulièrement décapante est la façon radicale dont la question de la justice pénale est abordée, confrontant la saisie théorique et conceptuelle de la répression à ce que révèlent de vision implicite les comportements réels, tant de ceux qui commettent les infractions que de ceux qui les répriment. Il ne s’agit pas seulement d’une altération ou d’un écart, mais d’un brouillage de la réalité : une sorte de duplicité, mi consciente mi inconsciente, occultant le réel pour lui substituer un imaginaire d’où sort, triomphant, le populisme pénal affligeant qui sévit tant aux États-Unis qu’en Europe et spécialement en France. Une fois ce décryptage accompli, il apparaît que le châtiment peut être comme ce qu’il punit : une menace pour l’ordre social. Il est donc urgent de repenser la punition sur de nouvelles bases critiques. Peu d’indications sont données sur ce que pourrait être cette nouvelle justice pénale, le but étant ici de provoquer une brèche dans les habitudes mentales et les fausses évidences.