Écologie |  Dominique Bourg,
Alain Kauffmann,
Dominique Meda (dir.)
 |  Les petits matins, Institut Veblen, 2016, 236p., 23€
Par Xavier Ricard Lanata | 25 juin 2017
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Ce livre collectif, placé sous la direction de trois éminents spécialistes de la problématique de la transition écologique et sociale, regroupe les contributions de chercheurs venus d’horizons divers, éclairant chacune un aspect de la problématique. Il rassemble ainsi sous une forme condensée des travaux qui ressortissent à diverses disciplines (philosophie, économie, sociologie de l’innovation, sociologie des organisations…), dont l’introduction propose une synthèse. Il ne s’agit plus de penser la transition sous la forme d’un parcours progressif, d’un état vers un autre, mais de l’envisager d’emblée comme une rupture radicale, qui implique « de consentir à l’abandon de certaines technologies et de certains modes de vie ». L’illusion scientiste du « technology fix » est ici dissipée, car elle fait bon marché de l’augmentation générale du volume des productions et des consommations que n’importe quelle amélioration du niveau moyen de productivité autorise – ce que les écologistes ont pris l’habitude de nommer l’effet rebond –. Les progrès technologiques doivent dès lors être évalués à l’aune de leur capacité à favoriser le consentement à la rupture, une conversion éthique qui repose, en dernière analyse, sur les individus. Les auteurs rappellent à bon droit qu’une telle conversion n’est envisageable que si elle s’accompagne de la promesse d’une réduction des inégalités de niveau de vie. Ceux-ci entretiennent des imaginaires incompatibles avec l’objectif d’une décroissance généralisée et durable des consommations auxquelles l’écologie commande de renoncer. Le coût de l’inaction est lui aussi évalué (par exemple, le démantèlement – inévitable mais plus coûteux, et plus risqué, à mesure que l’on en repousse l’échéance – des 58 réacteurs nucléaires français). Le lecteur trouvera un ensemble de propositions (« les chemins de la transition »), dont certaines mesures qui ont fait l’objet de débat pendant la campagne présidentielle (revenu universel et réduction du temps de travail, notamment) comme d’autres qui demeurent à ce jour l’apanage des spécialistes ou des réseaux militants (monnaies complémentaires, nouveaux indicateurs de richesse…). On regrettera toutefois l’absence de mise en perspective internationale, malgré l’avertissement liminaire : « ne pas prétendre à un caractère universel valable dans tous les contextes territoriaux, au Nord comme au Sud ». Tous les ouvrages de même teneur s’accordent sur le fait que la transition ne saurait être que globale. Or sur ce point, la représentation de la forme concrète que pourrait prendre une société planétaire viable, comme des chemins qu’il conviendrait de parcourir afin de hâter son avènement, font encore défaut. C’est la grande tâche historique à laquelle les chercheurs de tous horizons doivent désormais se consacrer.