Société |  Michel Agier |  CNRS Éditions, 2016, 64 p., 5€ Par Jean-Marie Carrière | 4 juin 2017
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Ce petit livre (une cinquantaine de pages, format 10x18 environ) reprend deux conférences de Michel Agier, introduisant le projet « Babels, la ville comme frontière » qu’il anime depuis avril 2016. Le point de départ met en avant ce « moment politique européen » de la fin août 2015, lorsque la chancelière allemande Angela Merkel annonçait la décision d’accueillir favorablement les réfugiés en mouvement depuis le mois de juin, et lorsque les solidarités citoyennes, associatives, municipales se sont manifestées. Quelques jours d’un changement important, pendant lesquels l’Europe s’est mise à exister de manière différente. D’où la question au cœur de l’ouvrage : entre la peur et la compassion, entre le besoin de sécurité et le devoir de solidarité, y a-t-il place pour un principe partagé, qui ferait des migrants non un problème, mais bien plutôt une « cause »? Une première partie s’interroge alors : y aurait-il une cause des migrants? Que l’on prenne en compte l’expérience singulière des migrants, que l’on soit sensible à la souffrance de ceux-ci, que l’on veuille prendre soin de l’autre parce que d’une certaine manière on se reconnaît comme partageant une même condition, ou encore que l’on pense que les migrants représentent une altérité « bonne à penser », finalement, ce qui compte, c’est de corriger la « narration empoisonnée » des migrations (selon le propos du secrétaire général de l’OIM), parce que la « cause » des migrants n’est ni normative ni géopolitique, elle est épistémologique. La seconde partie examine quels pourraient être les contours d’une nouvelle cosmopolitique (idée chère à Michel Agier), pensée à partir de l’expérience de la frontière, tant pour les migrants que pour les citoyens européens. La réflexion rejoint ici tant l’expérience concrète des migrants, à travers leur parole et leur témoignage, que des approches de philosophie politique, autour de la tension entre la frontière et la démocratie. Si une telle perspective indique une approche pertinente des migrations et des changements qu’elles induisent, il reste que, en fin de compte, la « cause » des migrants est « portée par les migrants eux-mêmes, sur la frontière, devenue leur lieu de vie et de politique ».