Politique |  Thierry Pech |  Seuil, 2017, 234 p., 18 €, e-pub 13€ Par Jean Vettraino | 6 mai 2017
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Avec clarté et esprit de synthèse, Thierry Pech, le directeur général du think-tank Terra Nova, propose un récit : le pacte social à la française, construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et basé sur un « État social libérateur », ne tient plus. On voit fleurir un « étrange bouquet d’insubordinations rivales », au travail, dans la consommation et en politique (les trois domaines scrutés ici). Ces insubordinations, servies par une augmentation sans précédent du niveau d’éducation, découlent notamment de ce que les contreparties ne sont plus au rendez-vous (en termes de sécurité, d’intérêt des emplois…) et de ce qu’un puissant idéal de gouvernement de soi et de quête de sens a vu le jour. La formidable révolution numérique accentue ces bouleversements. Internet permet ainsi un accès plus direct à l’information, à la réflexion et à la parole, en même temps qu’il déstructure l’espace public, alimente phantasmes et contre-vérités et peut, par son fonctionnement de nature affinitaire, nous enfermer dans nos convictions… Les insoumissions contemporaines sont ambivalentes, souvent en tension les unes avec les autres, tant il est vrai que « l’individu salarié a (…) des raisons que l’individu consommateur ne connaît plus ». On peut d’ailleurs regretter que ces tensions ne soient finalement que très peu abordées. Cet essai, résolument tourné vers l’avenir – avec un appel récurrent aux « progressistes » – conclut à la nécessité d’un « nouveau cadre collectif ». Il s’agirait, au-delà d’une politique de lutte contre les inégalités, d’inventer une politique articulant sécurité, reconnaissance et autonomie. Celle-ci passerait, en particulier, par une protection sociale (droit à la santé, à la formation...) attachée à la personne et non au statut d’emploi. Sans quoi, l’écart risque de se creuser encore « entre un imaginaire d’émancipation adossé à une innovation sociale dynamique mais condamnée à demeurer dans les coulisses de la démocratie et un tumulte populiste assis sur une légitime révolte des perdants, mais une révolte rétrécie aux dimensions d’une rage antimoderne ».