Société |  Marielle Macé |  Gallimard, 2016, 368 p., 22€, e-pub 16€ Par Claire Capou | 6 mai 2017
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Et si l’on définissait nos modes d’existence et notre manière de vivre par le « style » ? C’est ce qu’entreprend Marielle Macé dans cet ouvrage à la fois technique et poétique. À la manière d’un Balzac qui attribue à ses personnages toutes les caractéristiques d’un « type », d’une époque, elle nous propose une « ontologie » de l’homme en regardant d’abord ses valeurs, ses gestes, son allure, le sens qu’il accorde aux choses et surtout à ses actions. La question n’est pas : pourquoi le fait-il ? Mais comment le fait-il ? Cet attachement à la recherche des formes, au style, est un procédé familier des critiques littéraires. Mais il s’introduit aussi dans toutes les autres sphères de la vie : la morale, la politique et jusque dans des disciplines comme la philosophie. Ainsi, une action collective, comme celle de Nuit Debout, révèle au-delà d’une critique de la Loi Travail, un véritable rapport au monde qui est en lui-même vecteur de sens. Faire valoir ses idées est déjà une idée. Reste à accepter que tous les styles ont droit de cité. La stylistique est redevenue à la mode redonnant ainsi place aux théories platoniciennes ; Platon n’était-il pas le premier à défendre une réalité à la fois sensible et intelligible ? Pour Marielle Macé, avec les Idées, on reconnaît la valeur à ce qui ne se voit pas, mais qui fait partie de la vie quotidienne. Un ouvrage qui invite à la tolérance de chaque style de vie, dans un monde qui, de toute façon, tend à rapprocher des styles divergents si l’on accepte d’ouvrir un peu nos frontières. Sans tomber pour autant dans le « relativisme stylistique », l’engagement de l’auteure, c’est celui de la défense mais aussi de la nécessaire remise en question de n’importe quel mode de vie ou d’action, dans une société qui a tendance à se refermer sur elle-même, autour de sa culture, de son histoire… Un bel essai nourri d’espérance.