Politique |  Chantal Mouffe |  Albin Michel, 2016, 198 p., 17,50 € Par Jean Vettraino | 6 avril 2017
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La parution de ce livre important de philosophie politique, onze ans après sa publication en langue anglaise, est une bonne nouvelle. Le titre choisi pour la version française diffère sensiblement de l’original (On the political), sans doute pour exprimer la thèse principale : « le fait de concevoir le but d’une politique démocratique en termes de consensus et de réconciliation n’est pas seulement erroné conceptuellement mais dangereux politiquement ». Pour l’auteure, c’est seulement lorsque la dimension d’antagonisme du politique est réellement prise en compte que la politique démocratique peut fonctionner. Chantal Mouffe insiste sur le fait qu’une démocratie réelle ne mettra jamais tout le monde d’accord; il faut renoncer en la croyance d’un consensus rationnel universel. Ainsi, « plutôt que d’essayer de concevoir des institutions qui, à travers des procédures prétendument « impartiales », résoudraient tous les conflits d’intérêts et de valeur, les théoriciens de la démocratie et les hommes politiques devraient travailler à la création d’un vibrant espace public « agonistique » de contestation, où différents projets politiques hégémoniques pourraient s’affronter ». S’affronter sans se massacrer, dans le respect de l’État de droit et des institutions démocratiques. Car il est essentiel de passer du modèle (antagoniste) « ami/ennemi », tel que pensé par Carl Schmitt, à un modèle (agonistique) de confrontation entre « adversaires ». Un affrontement ainsi cadré permettrait de revivifier la démocratie, à la condition que les projets politiques proposés diffèrent réellement sur le fond (c’est le sens de l’adjectif « hégémonique » employé par l’auteure), notamment par rapport à la mondialisation néolibérale. L’importance des identités et des identifications collectives, qui sont toujours des constructions, ainsi que l’importance du rôle des « passions », définies comme « les différentes forces affectives qui sont à l’origine des formes collectives d’identification », sont soulignées. Certains des points clés de l’ouvrage seront cependant plus discutables, comme les notions de « post-démocratie » ou de « populisme de gauche ».