Monde |  Philippe Hugon |  Armand Colin, 2016, 272 p., 24 euros Par Jean Vettraino | 4 avril 2017
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L’Afrique au pluriel, ancrée dans une histoire longue et des traditions, ouverte sur le monde et la modernité, inventant son propre chemin, entre croissance, crises et conflits. Philippe Hugon, économiste, qui observe l’Afrique depuis une cinquantaine d’années, signe ici un excellent ouvrage de vulgarisation. Plutôt que de verser dans un afro-optimisme ou un afro-pessimisme, l’auteur rappelle la prudence à avoir lorsque l’on utilise des catégories d’analyse forgées dans les pays du Nord. Ainsi, au Cameroun, la catégorie « ménage » est peu adaptée pour saisir la famille élargie et lignagère. Et quel sens ont les indicateurs de croissance économique pour l’Afrique quand 80% des activités rémunérées et la moitié du PIB concernent l’économie « informelle » ? De même, la notion d’ethnie est un construit historique à relativiser. Comme ailleurs, les marqueurs identitaires sont multiples et les identités africaines évolutives. L’auteur souligne aussi l’importance d’une lecture multi-strates des sociétés africaines, du niveau local où se forgent les communautés d’appartenance et d’adhésion ainsi qu’une myriade d’initiatives, au niveau national et transnational, les migrations successives construisant des réseaux transfrontaliers. Au total, « la priorité des priorités concerne la constitution d’un tissu économique en zones rurales et urbaines qui génèrent des activités licites rémunérées pour des cohortes croissantes de jeunes ». L'accroissement démographique est en effet colossal : le continent qui comptait 10% de la population mondiale en 1950 en comptera le quart en 2050 (environ 2,4 milliards), soit une multiplication par dix de sa population. Le tissu socio-économique devra résorber des inégalités devenues abyssales. Madagascar, par exemple, est le pays le plus pauvre du monde mais compte 4 des 24 plus grandes fortunes des pays francophones… La conclusion de l’ouvrage propose cinq scénarios géopolitiques prospectifs et relève, avec justesse, que « les Afriques contrastées aident (…) à saisir le monde dans sa diversité et son unité ».