Politique |  Marie Goupy |  CNRS Éditions, 2016, 343 p., 25 € Par Jean Vettraino | 3 avril 2017
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L’état d’exception peut, a minima, se définir comme « le problème que pose, pour tout État, une situation de crise grave que son droit ordinaire ne lui permet pas de surmonter ». Marie Goupy, philosophe politiste, ne cherche pas tant à définir ce concept qu’à l’historiciser et à en montrer sa portée contemporaine. Son travail présente au moins trois intérêts majeurs. Il présente d’abord une analyse rigoureuse de la pensée de Carl Schmitt – dont l’horizon autoritariste et fasciste est explicité – auquel est attribuée la paternité du concept de l’état d’exception, développé pendant l’entre-deux-guerres dans La Dictature, Théologie politique ou encore Légalité et légitimité. Ensuite, ce livre offre une réflexion sur la rationalisation et l’autonomisation du droit dans les sociétés occidentales modernes (s’appuyant notamment sur Hans Keller, Max Weber et Jürgen Habermas) ainsi que sur la frontière instable entre droit et politique, frontière sur laquelle est campé l’état d’exception. Il éclaire enfin la période actuelle, qu’il s’agisse du terrorisme, de la « crise migratoire » européenne ou du sentiment d’impuissance politique qui saisit nos pays. L’état d’exception pourrait-il devenir un mode de gouvernement normalisé ? La question reste ouverte quand « dans un ordre structurellement dépolitisé, (…) il est à craindre que le grand discours des valeurs partagées ne vienne substituer, aux exigences de la participation démocratique, celles de l’homogénéité ».