Politique |  Joël Gombin |  Eyrolles, 2016, 156 p., 16€. Par Marc-Olivier Padis | 17 avril 2017
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On trouvera dans ce volume une synthèse efficace des travaux les plus récents sur le Front National par un jeune universitaire spécialiste de la sociologie électorale. Dans un premier temps, on suit l'histoire du parti, de ses débuts (au début des années 1970) à ses premiers succès électoraux au milieu des années 1980, où il réussit à fédérer autour de Jean-Marie Le Pen une constellation très divisée d'idéologues, de militants et de groupuscules d'extrême-droite. Avec la stabilisation électorale, le parti entre dans une nouvelle phase, celle de la professionnalisation: les rivalités personnelles ne concernent plus l'hégémonie idéologique mais l'accès aux ressources d'un parti qui parvient à s'institutionnaliser. Histoire chaotique, le chef charismatique mais contesté jouant des divisions internes et des rivalités pour se maintenir au pouvoir et saboter toute émergence d'un successeur ou rival potentiel, mais qui échoue finalement quand sa propre fille met la main sur l'appareil. Vient ensuite l'interrogation sur le profil des électeurs: comment le Front National parvient-il à progresser? Joël Gombin souligne que peu d'électeurs ont été autant étudiés, scrutés, radiographiés dans les trente dernières années. On semble pourtant redécouvrir leur existence à chaque rendez-vous électoral! Ce sont les « oubliés », les « invisibles », les « déçus » de la politique. Mais encore? Une part de la difficulté à caractériser cet électorat vient de ce qu'il se déclare assez distant de la vie politique et de ses clivages établis. Il refuse en particulier de se situer par rapport à l'axe gauche-droite (où les choix politiques se définissent principalement en fonction des enjeux économiques) et privilégie plutôt un « axe culturel » qui concerne les valeurs, l'autorité, l'identité, la culture nationale. La géographie électorale est éclairante faisant ressortir une France de l'Est qui était celle de la révolution industrielle et qui subit désormais les effets de la désindustrialisation, ce qui explique la force du vote ouvrier pour le FN. En ce qui concerne la stratégie de Marine Le Pen, Joël Gombin met l'accent sur les continuités du parti : continuité d'abord dynastique bien sûr, mais aussi stratégique, car le discours s'est toujours renouvelé en adoptant des idéologues attirés par les succès du parti. Hier néolibéral, il est ainsi aujourd'hui protectionniste; hier contre-révolutionnaire, il célèbre désormais l'État jacobin. Hostile au « système », il n'en cherche pas moins à conquérir des positions électorales, de manière à constituer le vivier de cadres qui lui a toujours manqué. Plutôt qu'une conquête directe du pouvoir par en haut (la présidentielle), c'est l'installation progressive, la notabilisation et l'institutionnalisation du FN grâce aux élections locales qu'il faut craindre, car sa capacité de peser sur les priorités politiques et l'agenda électoral, déjà considérable, se renforcera encore davantage.