Société |  Vanessa Codaccioni |  CNRS éditions, 2015, 320p., 25€ Par Alain Cugno | 6 avril 2017
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La justice d’exception est une tradition solidement implantée d’ingérence de l’exécutif dans le judiciaire lorsqu’il se sent menacé ou qu’il pense l’État en danger. La Cour de sûreté de l’État, instaurée par le général de Gaulle dans le contexte de la guerre d’Algérie et de son prolongement par l’OAS, est particulièrement révélatrice des enjeux et des stratégies ainsi sollicitées tout au long de sa relativement brève existence (un peu moins de vingt ans). La description menée par l’auteur, maîtresse de conférences en science politique à l’Université Paris 8, décrypte pas à pas, dans les moindres détails toutes les évolutions des textes, des modes de recrutement des magistrats, des personnalités impliquées. Cette méthode permet de faire émerger de manière convaincante un certain nombre de constantes dont la moindre n’est pas la propension de tout système d’exception à susciter à la fois des résistances et sa capacité à coloniser des segments de plus en plus vastes de la société à partir d’un public d’abord strictement défini. Paradoxalement, la résistance même à l’exception en affine et en rend plus efficace la mise en œuvre. Ainsi, la cour de sûreté de l’État, disparue en 1981, n’en a pas moins laissé des traces évidentes dans la manière dont les juridictions normales mènent aujourd’hui la lutte contre le terrorisme, qu’il soit d’extrême gauche ou djihadiste. Elle s’est comme immergée en elles, mais bien plus encore dans les esprits.