Monde |  Olivier Favier |  Le passager clandestin, 2016, 300p., 17€ Par Juliette Chevalier | 13 mars 2017
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Des hommes et femmes aux parcours extraordinaires font don de leurs histoires à Olivier Favier, qui nous les transmet avec beaucoup d’élégance et de sensibilité en une trentaine de chapitres: un par personnage ou par lieu. Les héros de ce livre sont aussi bien des migrants et des réfugiés, des personnes en exil qui ont quitté leur maison, leur famille et leur pays pour mille et une raisons singulières, que des Français ou des Italiens qui ont choisi de faire vivre la bonté et l’hospitalité chez eux sous différentes formes. Leurs témoignages, riches et étonnants, ont été recueillis par Olivier Favier entre octobre 2013 et mars 2016, à Paris, Calais, Saint-Etienne ou en Calabre, au bout de l’Italie… L’auteur est à la fois historien, interprète et juriste, citoyen concerné; son approche du sujet des migrations est multiface, incisive. Au gré des chapitres, nous voyageons à travers le récent passé colonial de l’Erythrée et de la Somalie, la migration espagnole du début du XXe siècle, mais aussi en long et en large dans les réalités juridiques complexes qui encadrent l’accueil des migrants en France et déterminent de façon parfois glaçante le destin d’un homme, d'une femme, d'une famille. Le style est à la fois limpide, poétique et percutant, qui porte avec grâce la rage. La rage de dire la diversité des vies, des épreuves et des rêves de ceux qu'on désigne comme une masse de migrants. La rage de donner un espace d’expression à ces voix qu’on n’entend pas. La rage d’un témoin face aux politiques françaises et européennes d’accueil et de non accueil des exilés. La rage de vivre enfin et d’aimer, celle qui nous émeut par sa poésie brute et à laquelle ce livre donne d’infiniment proches visages.