Société |  Olivier Razemon |  Rue de l’échiquier, 2016, 192 p., 18 € Par Aurore Chaillou | 22 février 2017
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« À vendre », « Bail à céder », « À louer » : vitrines vides et rideaux métalliques baissés forment désormais la toile de fond des centres des villes, petites ou moyennes… Parfois, une note invite les clients à retrouver l’enseigne dans la zone commerciale tout juste sortie de terre, à la périphérie de la ville. Ce déclin urbain décrit dans Comment la France a tué ses villes par Olivier Razemon, journaliste spécialiste des questions de mobilité et de transport, se répand de Calais à Perpignan, de Mulhouse à Saint-Nazaire et n’épargne que les métropoles. Partout, en périphérie, des centres commerciaux y contrefont la ville : on y retrouve des supermarchés, mais aussi des boutiques d’habillement, d’ameublement, de bricolage, des salons de coiffure, des pharmacies, voire des centres de santé, une agence Pôle emploi, un bureau de Poste… Faisant comme si les villes n’étaient que des lieux d’approvisionnement, où il fallait pouvoir acheter tout, tout de suite. Oubliant que ce sont aussi des lieux où l’on flâne, se rencontre, où une discussion s’improvise sur un bout de trottoir. Parallèlement, les populations les plus pauvres sont reléguées dans des cœurs de villes perdant peu à peu leur attrait, ceux qui le peuvent préférant un pavillon avec jardin et garage, à quelques kilomètres de là. À qui la faute ? Certes, les élus ont leur mot à dire en termes d’aménagement et nombre d’entre eux se laissent séduire par les promoteurs immobiliers venus leur vanter les mérites de la future zone commerciale. Mais pour l’auteur, nous sommes, peu ou prou, tous coupables. Coupables d’entretenir notre dépendance et notre addiction à la voiture. Car c’est autour d’elle que l’on modèle la ville d’aujourd’hui. Comme si tout le monde en possédait une ! Or près de 20% de la population n’en avait pas en 2012. En somme, Olivier Razemon invite à imaginer une ville lente, où le vélo et la marche l’emporteraient sur la voiture, où les liens que l’on noue compteraient plus que les biens que l’on acquiert. Des initiatives en ce sens existent, impulsées par des commerçants, des habitants, qui ont pris leur ville à cœur, sans tout attendre des pouvoirs publics.