Société |  Anne Baudart |  Le Pommier, 2016, 320p., 9.50€ Par Antoine Cavalié | 6 février 2017
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La philosophe Anne Baudart propose ici la réédition augmentée de son enquête de 2006 sur les fondations grecque, latine et chrétienne de l'Occident. Il s'agit de retourner à ces sources, d'y nourrir une intelligence philosophique pour penser l'unité et la diversité à l'heure de la mondialisation, le sens de l'histoire et l'origine de l'autorité alors qui ont cessé d'être des évidences. L'auteur plaide moins pour un retour à l'Antique que pour une intelligence des naissances de la pensée politique et de ses concepts clés, et par là, pour une renaissance de la philosophie politique. La modernité est ainsi invitée à reconsidérer sa genèse et à ne pas se couper de ses fondements. Quatre parties déploient successivement chacun de ces temps de fondations à partir de figures-clés : Athènes (Socrate, Platon et Aristote), Rome (Cicéron), puis la Rome chrétienne (Augustin), avant de revenir à la « révolution » chrétienne (saint Paul). L'ensemble est plus descriptif que démonstratif : chaque moment est restitué dans son amplitude historique – on redécouvre ainsi avec intérêt la lente naissance de la démocratie athénienne depuis ses origines mycéniennes – et dans la subtilité des pensées qui y naissent – chacun des auteurs convoqués est présenté autant comme un témoin de son époque qu'un « mécontemporain », prenant « l'exact contre-pied de ce qui se fait sous ses yeux ». On prend mieux la mesure de la richesse de ces héritages, loin des vues hâtives et convenues. La question du meilleur régime politique, par exemple, se révèle tout à fait secondaire pour une pensée antique plutôt préoccupée de fragiles équilibres institutionnels dans des contextes socio-historiques précis, tant à Athènes qu'à Rome. La nouveauté apportée par le christianisme, et la tension qu'il instaure au cœur de la pensée politique antique (fraternité universelle, souveraineté de Dieu sur l'histoire), est tout particulièrement soulignée dans les deux dernières parties. L'ouvrage, instructif et synthétique, va-t-il cependant au bout de ce qu'il voudrait montrer ? La pertinence de ces Naissances pour penser l'actualité – celle des migrations par exemple – est affirmée sans être développée. Il y a bien une « dette envers l'héritage », encore faut-il savoir qu'en faire, et ce qu'elle a à nous apprendre pour aujourd'hui.