Société |  ATD Quart Monde |  Éditions de l’Atelier, 2016, 224 p., 5€. Par François-Xavier Connen | 30 décembre 2016
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Le petit ouvrage publié par ATD Quart-Monde, d’une lecture très facile, est résolument engagé dans la lutte contre les préjugés à propos des personnes pauvres et de la pauvreté. Il épingle 117 idées reçues, d’abord sur la condition des pauvres, puis à propos des «solutions» de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Chaque idée est brièvement commentée, études, chiffres ou exemples à l’appui, afin d’en montrer l’inexactitude ou l’absence de fondements factuels dans la plupart des cas. On retrouvera au fil des pages des propositions bien connues: «les sans-abris sont des alcooliques» ; «les Roms ne veulent pas s’intégrer» ; «les pauvres font tout pour toucher des aides», etc. Et d’autres propositions dont la nature d’idées reçues laisse plus perplexe: pense-t-on vraiment que «faire la manche, ça rapporte» ou que «la prostitution est un moyen de sortir de la misère»? L’objectif n’est cependant pas de faire un état des lieux de la perception des pauvres en France, mais de lutter contre une vision simpliste de la pauvreté qui rend les perdants du système économique, coupables et seuls responsables de leur situation. Le livre a le mérite de déconstruire ce type de discours et de remettre efficacement en tête quelques ordres de grandeur: notamment au sujet du non- recours aux droits (50% pour le RSA, 68% pour le tarif première nécessité d’EDF), ou du montant estimé de la fraude aux prestations sociales (1,3 milliards d’euros par an) à comparer à la fraude de l’impôt sur les sociétés (entre 23 et 32 milliards). On peut toutefois s’interroger sur la rigueur de la méthode qui prévaut le plus souvent: des chiffres -par ailleurs toujours discutables- ne font pas nécessairement arguments d’autorité pour établir une vision «objective» de la réalité. Le parti pris des pauvres oriente sensiblement ce tableau de la pauvreté et de l’exclusion sociale, à rebours des images les plus courantes. La publication n’est pas à prendre comme un travail de vulgarisation scientifique, mais comme une contribution engagée et non moins vraie aux côtés des moins considérés de la société.