Politique |  Manuel Cervera-Marzal |  Éd. Le bord de l’eau, 2016, 162 p., 14 € Par Jean Vettraino | 15 septembre 2016
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En avril 2015, Edgar Morin annonçait publiquement détenir l’une des chaises de l’agence HSBC de Bayonne, participant à la dénonciation de l’évasion fiscale pratiquée par cette banque. Le philosophe se comportait-il alors comme un citoyen courageux ou comme un fauteur de troubles ? Avec les armes de la philosophie et des sciences politiques, Manuel Cervera-Marzal creuse cette question, poursuivant ainsi sa réflexion sur la désobéissance civile, entendue au sens large comme « une action politique extralégale et non-violente ». L’auteur a déjà publié Gandhi. Politique de la non-violence (2015) et Désobéir en démocratie. La pensée désobéissante de Thoreau à Martin Luther King (2013). La désobéissance civile passe par des actions concrètes et, c’est la thèse centrale de l’ouvrage, elle anime et ravive la démocratie. Les réflexions développées sur la conflictualité propre à ce régime politique, sur le rapport aux lois et à la justice, et sur la civilité de cette forme de désobéissance sont claires et intéressantes. Réunissant (entre autres) Étienne Balibar et Paul Ricœur, l’auteur plaide « en faveur de la dimension proprement politique de la non-violence et, réciproquement, du caractère spécifiquement non-violent de la politique ». Il montre qu’il existe une tension inhérente à la démocratie, indépassable, entre pouvoir instituant et pouvoir institué, entre les nécessaires institutions et leurs nécessaires questionnement et dépassement. Les « nouveaux désobéissants », citoyens actifs dont la principale vertu est la responsabilité et non l’obéissance, se gardant de tomber dans « l’anti-obéissance », jouent de cette tension et la maintiennent active. Qui sont-ils ? La lecture de ce livre vous le dira.