Société |  Denis Clerc,
Michel Dollé
 |  Les petits matins/Alternatives économiques, 2016, 196 p., 14 €
Par Claude Bobey | 24 mai 2016
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Il y aurait les bons pauvres et les autres ? Fainéants, fraudeurs, incarnations du « cancer de l’assistanat », nous devrions leur imposer un temps de travail ou de bénévolat ! Le pauvre n’est plus victime, mais coupable. Il faut le responsabiliser. Face à cette suspicion, il est pertinent de revisiter le concept de justice sociale avec des auteurs tels que Amartya Sen, John Rawls et Axel Honneth. Se redire que le développement du pouvoir (A. Sen) permet de retrouver la liberté, cette capacité à choisir sa vie. La société juste (J. Rawls) est une société qui bénéficie à tous et ne peut ignorer les causes structurelles de la pauvreté. Enfin, le concept de reconnaissance (A. Honneth) peut nous alerter : « La qualité des relations entre les humains est un bien commun. Le mépris de l’homme pour l’homme […] détruit durablement notre capacité à vivre ensemble. » À partir de rapports plus ou moins récents, Denis Clerc et Michel Dollé revisitent de nombreuses pistes de réduction de la pauvreté, à propos de l’emploi et de la formation, des familles, de l’éducation, du logement, des minima sociaux, etc. « Améliorons ce qui peut être amélioré et voyons ce que cela donne. » En encourageant à investir dans la réduction de la pauvreté au bénéfice de l’ensemble de la société, les auteurs nous rappellent combien les effets de la pauvreté coûtent cher. On regrettera néanmoins que les territoires soient si peu pris en compte comme lieux d’inégalités présentes et comme objets d’intervention. On en reste à un modèle du territoire comme espace de réception des prestations. Le récent plan quinquennal de lutte contre la pauvreté a montré les limites d’une mise en œuvre très irrégulière. Une dernière piste, non des moindres, est celle mise en avant par A. Sen : celle du renforcement du pouvoir d’agir des habitants et de la participation des personnes aux décisions qui les concernent. Les rapports d’experts sont utiles mais le croisement de leur savoir avec celui expérimenté par les plus pauvres est souvent très fécond. Des pistes restent à explorer pour le bien de tous et pas seulement pour le bien des pauvres.