Nous fêterons en 2001 un double anniversaire : le centenaire de la loi sur le droit d’association, les vingt ans de celle qui a accordé aux étrangers sur le sol français une liberté analogue. La première consacrait une évolution sur quelque trente ans, qui cherchait sa traduction juridique depuis les débuts de la troisième République. Une politique plutôt libérale des gouvernements avait peu à peu laissé réémerger une pratique associative déjà multiforme. La loi sur les associations du 1er juillet 1901 a simplifié les cadres légaux. Elle consacrait une forme associative commune, à côté des syndicats et en marge des congrégations religieuses auxquelles était accordé un statut d’exception particulièrement rigoureux et contrôlé.

1981 a marqué une autre rupture. Si la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et la déclaration européenne de 1950 avaient reconnu la liberté de s’associer, les étrangers en demeuraient encore privés. Cette discrimination était de plus en plus dénoncée. Deux ans avant la nouvelle loi, Projet écrivait : « Il paraît nécessaire de revenir en partie sur la législation d’exception adoptée en 1939, en matière d’association et de presse étrangère. Ces textes, adoptés au moment du pacte germano-soviétique pour réprimer les infiltrations nazies et le parti communiste français, sont inutilement sévères. En particulier, il faudrait abroger les dispositions relatives aux associations étrangères » (Projet, n° 140).

Mais au-delà du socle commun de liberté, posé dans les textes, la pratique associative se montre complexe, multiforme, échappant à un cadre que certains voudraient plus précis : diversité d’objet, de taille, d’ambition, de fonctionnement... La variété des textes législatifs qui, depuis une soixantaine d’années, ont tenté de l’encadrer en est un signe. L’observateur est ramené à des questions simples : l’association n’est-elle qu’une coquille juridique vide, ou est-elle par nature porteuse d’un projet ? Quelle place occupe-t-elle dans la cité ?

L’affirmation d’une liberté fondamentale comme celle de s’associer renvoie à un fondement anthropologique. La diversité est d’abord le reflet d’une créativité. Les associations traduisent la recherche  de réponses collectives à des sollicitations toujours nouvelles. La forme associative évolue avec les sociétés. Si les mutations socio-économiques ouvrent des possibilités de relations élargies entre les hommes de la planète, elles fragilisent en même temps le lien social. L’individu contemporain désire trouver pour son action une nouvelle conjugaison entre efficacité, émotion et raison. Ainsi, depuis quelques dizaines d’années, l’entrée dans une ère médiatique, la multiplication des radios libres et des chaînes de télévision, l’accès à internet procurent de nouvelles façons d’être en relation à plusieurs voire à beaucoup, et de s’associer.

En exprimant les préoccupations actuelles des cités dans lesquelles elles s’inscrivent, les associations n’échappent pas à la rationalité économique. Elles en ont peut-être aujourd’hui un peu moins peur que naguère. Mais elles jouent aussi un rôle dans la constitution d’un espace public. A travers leurs responsables, elles entretiennent une relation délicate avec la fonction publique, dont elles apparaissent parfois comme un partenaire, sinon un prolongement. Dans une Europe qui se construit, elles sont appelées à être le lieu d’ouverture à un débat plus large.

Par sa souplesse même, l’association peut exercer une fonction de formation à la citoyenneté. Certes, les dérives existent. On la voit servir de paravent commode pour dissimuler des activités qui, pour susciter l’adhésion et la confiance, auraient dû demeurer dans l’espace public. Mais existe-t-il une forme juridique pure, qui offrirait toutes les garanties ? Ne faut-il pas se réjouir, finalement, d’une malléabilité qui permet à l’individu de passer la frontière du privé au public, une frontière que la pression de la subjectivité contemporaine, le souci de soi ou la fragilité institutionnelle rendent bien malaisée à franchir.

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