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Incendies, canicules, ouragans, inondations, sécheresses… jalonnent notre actualité à un rythme accéléré. Le plus souvent, les médias nous invitent au spectacle : frissons garantis devant le déchaînement des éléments, violons pour pleurer les victimes, cris de colère face à l’insuffisance des réponses, instrumentalisation politique du désarroi… Et le spectateur que nous sommes est gagné, toujours plus, par un sentiment d’impuissance. Le pire poison de nos démocraties. Cependant, de plus en plus souvent, la question affleure : n’est-ce pas une manifestation du réchauffement climatique déjà à l’œuvre ? La Cop21 est passée par là (cf. V. Masson-Delmotte). La gravité du défi n’est plus guère contestée : c’est déjà cela de gagné. Mais on reste tenté d’y voir un phénomène qui nous serait extérieur : il revient aux responsables politiques de le régler (cf. S. Ly et C. Alliot) !

Nous sommes les agents de ce dérèglement du climat. Par notre façon de manger, de nous déplacer, de nous chauffer, de nous vêtir, de communiquer…


Or nous sommes les agents de ce dérèglement du climat. Par notre façon de manger, de nous déplacer, de nous chauffer, de nous vêtir, de communiquer… Et par notre travail. Ici encore, on aimerait se défausser de toute responsabilité en se réfugiant derrière le lien de subordination qui ferait de nous de simples exécutants de notre employeur (cf. X. Becquey). Heureusement, par souci du bien commun ou de leur unité intérieure, des salariés, des cadres, des syndicalistes refusent de mettre de côté leur souci pour le monde quand ils franchissent le seuil de leur entreprise (cf. B. King, P. Le Roué). C’est avec eux que nous avons préparé ce numéro.

La bonne nouvelle, c’est que les choses bougent. Depuis les pionniers de l’économie sociale et solidaire (cf. A. Barthélémy) et les PME innovantes (cf. C. Ezvan), jusqu’aux investisseurs milliardaires qui interrogent la teneur en carbone de leur portefeuille. Dans presque tous les secteurs, au-delà des discours de greenwashing, les entreprises – du moins celles qui trouvent du temps à y consacrer – ont compris qu’elles ne pouvaient pas rester les bras croisés devant la montée du risque climatique (cf. A. de Montchalin et É. Delacour). Va-t-on assez vite ? Il est clair que non : si l’on s’en tient aux efforts annoncés par les États, les collectivités locales et les entreprises, la température devrait croître de +3,2°C d’ici 2100. Une moyenne qui pourrait cacher des pointes jusqu’à 55°C dans le sud de la France[1] ! Étant donnée l’inertie des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, le climat de la fin du siècle se joue dans les vingt ans qui viennent.

C’est de ruptures radicales que nous avons besoin !


C’est de ruptures radicales que nous avons besoin ! Des banques, on attend moins le bilan carbone de leurs agences que la décision de ne plus financer le pétrole, le gaz et le charbon (cf. D. Blanc). Dans le secteur aérien, ce n’est pas une réduction de 20 % de la consommation de kérosène par passager qui compensera le quadruplement attendu du trafic d’ici 2050 ! C’est à une réduction de l’usage de l’avion que nous devons collectivement consentir. Il nous faut aussi renoncer rapidement au pétrole. Les salariés de Total pourront-ils impulser pareille révolution ? Seuls, sûrement pas (cf. P-L Choquet et M. Blanc). Entamer une lente reconversion des emplois, peut-être, mais a-t-on déjà vu une entreprise renoncer de son propre chef à la rente qui la fait vivre (cf. S. de Coutard) ? Ici réside le plus grand écueil, avertit le pape François : vouloir « concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier », risque de « retarder seulement un peu l’effondrement »(cf. A. Grandjean). L’abandon du pétrole suppose des règles claires et des politiques publiques volontaristes (cf. M. Martini), dans le transport, l’automobile, la chimie, l’agriculture, la pêche... D’où l’importance de la mobilisation citoyenne, pour fixer et tenir le cap malgré les prévisibles résistances (cf. N-M Meyer et S. Bommier).

Reste qu’on aurait tort de disqualifier les transformations amorcées de l’intérieur au motif qu’elles ne suffiraient pas : nombre de salariés disposent de marges de manœuvre encore largement inexploitées pour infléchir les pratiques ou les orientations de leur entreprise (cf. H. Singer). Le défi climatique engage notre humanité entière. La mobilisation de chacun est-elle à la hauteur ?


À lire dans la question en débat « Climat : qu'attendre des entreprises »



[1] Ces chiffres émanent de récentes études publiées dans Nature Climate Change et Environmental Research Letters (cf. Pierre Le Hir, « La France pourrait connaître des pics de chaleur à 50°C à la fin du siècle », 22 juillet 2017, Le Monde et « Seulement 5 % de chances de limiter le réchauffement climatique », 1er août 2017, Le Monde).

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