La transition énergétique interroge nos modes de vie, inextricablement liés à une énergie abondante et peu chère. La consommation, ancrée dans les « habitus », constitue aussi un moyen de distinction et l’expression d’un statut social. À quel imaginaire fait appel une société plus sobre ? Quelles formes d’organisations sociales et économiques inventer dans le respect des générations présentes et à venir ?

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Dominique Méda, philosophe et sociologue, Matthieu Calame, directeur de la fondation Charles Léopold Mayer, Daniel Maciel, membre de l’association Magdala et Bénédicte Madelin, fondatrice de Profession Banlieue, ont mis en débat les logiques et effets de la société de consommation à l’occasion du colloque « Quelle justice sociale à l’heure de la transition énergétique ? » (organisé par le Ceras et la Revue Projet du 10 au 12 septembre 2014, à Paris). Un débat autour de Philippe Frémeaux, rédacteur en chef du magazine Alternatives économiques.


C/01 Philippe Frémeaux - La société de... par cerasvideo

Un autre imaginaire pour une sortie nécessaire de l’hyperconsommation

La critique de la société de consommation se fait jour dès les années 1960, nous explique Dominique Méda. Elle dresse ici son historique, décrit ses tenants philosophiques, anthropologiques, sociaux et écologiques mais analyse aussi son échec : un caractère inaudible en temps de crise. Sa réactualisation, notamment à travers la dénonciation des coûts économiques et sociaux de l’hyperconsommation de certains, saura-t-elle réussir là ou d’autres ont échoué ? Arguant qu’un autre modèle de société pourra voir le jour seulement si un paradigme alternatif est à portée de main, la philosophe termine sur le panel des imaginaires possibles pour un avenir moins destructeur.


C/02 Dominique Méda - La société de... par cerasvideo

Entre une alimentation déterminée culturellement et des cultures destinées aux produits de consommation

En contrepoint de D. Méda, Matthieu Calame revient ici plus précisément sur la question alimentaire. Il explique dans un premier temps que nos régimes alimentaires sont bien déterminés culturellement, mais aussi qu’ils constituent des marqueurs de statuts sociaux. Même si des évolutions sont en cours, le régime carné demeure un indicateur de richesse aux conséquences dramatiques pour le climat. Il revient dans un deuxième temps sur les tensions qu’exercent nos modes de vies sur les systèmes agricoles actuels. Tensions notamment identifiables entre une utilisation des sols pour produire de quoi se nourrir ou davantage d’énergie, ou encore sur la culture du coton, utilisée pour répondre à une demande sans cesse renouvelée de textiles.


C/03 Matthieu Calame - La société de... par cerasvideo

Ceux qui connaissent la précarité ont des choses à nous dire

Interroger la consommation à travers la rencontre de personnes très pauvres, en marge de la société ou en précarité, nous met toujours mal à l’aise à cause des projections que nous pouvons faire sur ce qu’elles vivent, sur les difficultés qu’elles rencontrent, nous dit Daniel Maciel, membre de l’association Magdala. En marge de notre société de consommation, elles nous renvoient individuellement et collectivement à la question du partage des ressources de la planète, de l’accès de tous à l’eau, à l’énergie, à la nourriture, mais aussi au savoir, aux loisirs. Les questions de la transition énergétique et des nouveaux modes de consommer sont intimement liées au sens de ce que nous voulons vivre ensemble, à la manière d’être en relation les uns avec les autres, à la manière d’être en égalité. Celles et ceux qui ont l’expérience de la précarité ont des choses à nous dire sur le sens. Ainsi Daniel Maciel termine par un appel : « Il y a urgence à les associer en amont à la réflexion ; c’est important pour tous, c’est vital pour eux. »


C/04 Daniel Maciel - La société de... par cerasvideo

La consommation « Canada Dry »

En s’appuyant sur son expérience en Seine-Saint-Denis, où 10 % de la population vit avec moins de 4000 euros par an, Bénédicte Madelin développe l’idée que la consommation, présentée comme un droit au bonheur, est aujourd’hui, chez les populations défavorisées, une « consommation Canada Dry ». « On croit qu’on consomme comme les plus riches, mais ce n’est pas le cas », comme l’illustrent les chiffres sur l’obésité chez les populations précaires. Elle revient ensuite sur la nécessité d’assurer l’effectivité des droits une fois qu’ils sont obtenus. Ainsi termine-t-elle en approuvant l’idée qu’il faut redonner la parole aux sans-voix, mais s’interroge en retour : « Comment faire entendre aux sans-oreilles la parole des plus pauvres ? »


C/05 Bénédicte Madelin - La société de... par cerasvideo

Texte : Marie Drique (Ceras/Revue Projet)
Vidéos : La cabane aux fées

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