Secours catholique, atelier recherche d'emploi, emploi, informatique, conseil à la rédaction de lettre de motivation et de CV©Secours catholique, 2011Secours catholique, atelier recherche d'emploi, emploi, informatique, conseil à la rédaction de lettre de motivation et de CV©Secours catholique, 2011



 

Des rencontres organisées par le Secours catholique ont permis à des personnes en recherche d’emploi d’exprimer leurs points de vue : elles nous disent combien le regard d’autrui peut blesser, à quel point le travail est essentiel pour se sentir utile aux autres, tisser des relations, avoir la force de vivre…

Quatorze chercheurs d’emploi ont partagé leurs points de vue sur leur situation et sur leurs aspirations au cours de trois rencontres organisées au printemps 2013 à Strasbourg (Bas-Rhin), Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et Charbonnières (Rhône). Cet article rend compte de ces échanges très vivants, qui allaient vite à l’essentiel. Ces personnes étaient de situations très diverses : hommes et femmes, Français et étrangers, de qualifications et d’âges variés, vivant un chômage de longue durée ou alternant contrats courts et périodes d’inactivité… Certaines sont accompagnées par le Secours catholique de manière individuelle dans leur recherche d’emploi, d’autres participent à un groupe qui se réunit régulièrement.

Les questions étaient précises, mais suffisamment larges : Qu’est-ce qui est le plus dur dans le fait de ne pas avoir de travail ? Quel est le principal intérêt du travail ? Qu’est-ce qui rend pénible ou qui facilite la recherche d’un emploi ? Les propos ont fusé instantanément, chacun donnant son avis avec vigueur et réagissant aux propos des autres.

Aucune « représentativité » des chercheurs d’emploi n’était visée. Et pourtant, il apparaît une grande concordance et une complémentarité entre les propos de ces personnes habitant trois territoires différents. Beaucoup de leurs avis faisaient également écho à ceux recueillis dans de nombreux documents récents[1].

Ne pas avoir de travail, c’est dur

« Longtemps, j’ai pleuré en parlant de mon ancien travail. » La perte d’un travail a de multiples conséquences : la baisse du revenu et ses effets inquiétants, « on se demande comment on va pouvoir payer ses factures » (parfois « on a peur de l’huissier ») ; la cessation d’activité, « ne rien faire, ce n’est pas la finalité » ; la perte des relations avec ses collègues et même, pour certains migrants africains, l’obligation d’un second exil dans un nouveau pays européen. En bref, on perd beaucoup et, surtout, « on a peur de ‘dégringoler’ très vite ».

« Longtemps, j’ai pleuré en parlant de mon ancien travail. »


Cette perte ne signifie pas seulement une rupture par rapport à une situation antérieure, elle est l’entrée dans un processus (plus ou moins long) marqué par l’instabilité, la précarité et l’incertitude. Plusieurs l’ont souligné : « On ne peut pas se projeter vers une activité, des vacances, des engagements bénévoles dans une association, des activités sportives… parce qu’on se dit : si j’ai un nouveau travail, je ne pourrai peut-être pas continuer ces activités. » L’alternance entre contrats à durée déterminée et périodes de chômage est usante, entre autres pour cette raison-là. Face à cela, plusieurs insistent sur la nécessité – mais aussi sur la difficulté – de « faire le deuil » de son ancien travail.

« Être au chômage », surtout quand cette situation dure, engendre de nombreuses blessures. Le « manque de travail » entraîne parfois un sentiment de « honte », « la peur de ne plus se lever le matin », celle « de ne pas trouver – ou retrouver – de travail ». Certains déplorent douloureusement « le regard des autres qui tue » : « Quand on est au RSA, on est vu comme un vaurien » ; « chômeur égale assisté, parasite ! Pourtant j’ai déjà cotisé ! » Même la vie de famille est perturbée : « Les enfants ne comprennent pas que Papa ne travaille pas. »

La « crise », responsable de son chômage interminable ? Plusieurs ressentent douloureusement ce qu’ils considèrent comme une forte contradiction : « On dit ‘la crise’, pourtant tout marche, les entreprises, les magasins, les transports, les gens qui vont au travail ! Alors, pourquoi il n’y a pas de travail ? Pourquoi je ne trouve pas de travail ? » Face aux innombrables méfaits du chômage, le travail, le fait de travailler sont regardés avec un considérable intérêt.

« J’aime travailler »

Travailler, c’est être normal : « Travailler permet de se sentir comme tout le monde » ; ainsi « on n’est pas sous le regard des autres ». « Travailler, c’est naturel ; c’est normal de travailler. » Avec une grande vigueur, l’un d’entre eux « enfonce le clou » : « J’ai envie de travailler, je suis en forme, j’ai des bras, des jambes et une tête par-dessus : on est fait pour les utiliser, on est fait pour travailler ! » D’ailleurs, « j’ai toujours travaillé » !

« J’ai envie de travailler, je suis en forme, j’ai des bras, des jambes et une tête par-dessus. »


Avoir un travail apporte la sécurité : « Avoir un toit sur la tête et de quoi manger », « pouvoir dormir tranquille » et « ne pas avoir de dettes qui s’accumulent ». Chez certains, l’espoir de trouver ou de retrouver un emploi – même de courte durée – est stimulant : « Si seulement je pouvais entendre mon portable sonner », pour annoncer une offre de travail d’aide à domicile, même si seul un emploi stable permettrait de « ne pas avoir la peur au ventre à la fin d’un CDD ».

Le travail est source d’autonomie : « Travailler permet de ne pas ‘devoir’ aller aux Restos du cœur. » « Quand on travaille, on est indépendant et libéré : on n’a pas à gérer l’humeur de l’entourage ! » L’exercice d’un travail permet d’« avoir des projets et de les réaliser ». Au quotidien, « on se lève le matin pour aller travailler, pour un salaire » (et pas pour rien).

Quand on a un travail, on est heureux : « C’est un rayon de soleil », « j’aime travailler ». La vie de travail est ressentie comme la vraie vie car pleine de mouvement : « Il n’y a pas de routine. » « On vit, on court dans les magasins, les transports », « on a envie d’être pressé le matin et de dire aux enfants : ‘Vite ! Vite ! On se dépêche ! Il faut qu’on parte à l’heure au travail !’ » De surcroît, « je fais mon travail à la maison plus facilement après avoir travaillé la journée ». Avec un travail, « on peut se faire plaisir : aller chez le coiffeur, faire des cadeaux à ses enfants avec son argent… »

Quand on travaille, « on a des relations humaines avec des collègues au lieu de rester seul à la maison à s’ennuyer. » Le travail donne un sentiment de fierté : « Je ne suis pas bonne à rien ! » et d’utilité : « Quand on travaille, on apporte à la société. » Travailler, « c’est bon pour la santé ».

Chercher du travail : un boulot à temps plein

La recherche de travail est très fatigante : « On passe constamment par des hauts et des bas. » C’est « l’attente, l’euphorie après un entretien de recrutement qui paraît avoir été positif », mais ensuite « la chute de moral quand on apprend que ça n’a pas débouché ». « Après un creux, il faut se rebooster. »

D’autant que « c’est usant de devoir répéter toujours les mêmes choses à tous les entretiens » et il faut pouvoir toujours réagir – par exemple, quand on vous appelle pour une proposition d’emploi. L’absence de réponse aux lettres de candidature est, elle aussi, éprouvante. « C’est un travail à plein temps de chercher du travail » et « c’est dur aussi pour la vie de famille ».

Si l’accueil des demandeurs d’emploi dans les agences de Pôle emploi est jugé bon par quelques-uns, les critiques sont aussi très nombreuses et portent sur des registres variés. Les relations avec les conseillers sont vécues comme particulièrement déficientes : « Il faut insister pour voir, rencontrer son conseiller, demander une aide, une formation. » « Quand on n’insiste pas, on n’obtient rien de Pôle emploi. » « Il y a des intervalles très longs entre les rendez-vous » alors qu’« il faudrait pouvoir rencontrer son conseiller quand on en a besoin ». Beaucoup ne se sentent « pas soutenus ».

Beaucoup estiment que Pôle emploi mélange des publics de demandeurs d’emploi très divers : « Ils mettent tout le monde dans le même sac ! » Et certains jugent que « Pôle emploi n’a pas le temps de s’occuper des gens qui travaillent » (même si on accumule contrats courts et périodes non travaillées). Les conseillers laisseraient entendre que « ceux-là peuvent se débrouiller », qu’« ils sont là pour s’occuper de ceux qui ne travaillent pas ».

Les offres d’emploi communiquées sont souvent considérées comme « très peu nombreuses » ou « peu adaptées », voire inadaptées.


Les offres d’emploi communiquées sont souvent considérées comme « très peu nombreuses » ou « peu adaptées », voire inadaptées. On y voit la conséquence du « mélange » des publics évoqué et « ça déçoit, ça décourage ». Pour plusieurs, il y a parfois « mensonge » lorsqu’ils découvrent que des offres sont déjà pourvues au moment d’adresser leur candidature : « Il faudrait vérifier si l’offre d’emploi est toujours valide. »

Se sentir soutenu

Soutien. Le mot vient spontanément à la bouche de la quasi-totalité des personnes rencontrées lorsque l’on aborde la question : « Qu’est-ce qui aide à chercher et à trouver un travail ? »

Ces soutiens sont variés. Pour plusieurs, il y a la famille : « Mes enfants me poussent. » Ou certains plans sociaux[2] qui apportent un « soutien moral, à défaut d’efficacité » dans la quête d’un nouvel emploi. L’appui d’associations d’accompagnement de personnes en recherche d’emploi : « On est moins seul, on a envie de chercher un travail. » Si l’appui apporté sous une forme individuelle est particulièrement apprécié, de nombreuses vertus sont aussi attribuées à la recherche d’emploi en groupe. Elle permet une entraide : « On voit des gens dans la même panade que soi et on peut soutenir les autres demandeurs d’emploi. » « C’est un peu comme une famille. » Ou bien « dans un groupe, une personne qui a été embauchée peut faire connaître d’autres offres de postes à pourvoir dans l’entreprise ». On y trouve aussi une réciprocité : « Les bénévoles ont cru à mon projet de reconversion » via leur « écoute », leurs « suggestions » et leur « aide à voir le bon côté des choses ». Réciproquement, les chercheurs d’emploi apportent ce qu’ils vivent, car « on vit la vie de travail plus concrètement que certains bénévoles qui sont en retraite ». La régularité du groupe est stimulante : elle « aide à tenir les objectifs de sa recherche » – sur lesquels on fait le point à chaque réunion – et « à rester toujours prêt à réagir » face à toute opportunité (comme répondre à un appel téléphonique annonçant une proposition). Finalement, le petit groupe est jugé « participatif ».

La recherche d’emploi en groupe permet une entraide : « On voit des gens dans la même panade que soi et on peut soutenir les autres demandeurs d’emploi. »


Chemin faisant, les personnes rencontrées nous disent clairement combien la recherche d’emploi exige de motivation et de persévérance : « Il ne faut jamais se décourager. » Combien elle provoque ou demande des changements personnels, ne serait-ce qu’une plus grande lucidité par rapport au marché du travail : « Accepter de faire des ‘métiers’ différents les uns des autres au lieu de rester ‘concentré’ sur un seul. » C’est pour faciliter ce cheminement – et surtout le « succès » de celui-ci – que les chercheurs d’emploi aspirent vivement à un meilleur soutien du service public de l’emploi, soulignant qu’« il faudrait des offres adaptées » et « davantage de possibilités de formation ».



[1] Notamment Lucie Davoine et Dominique Méda, « Place et sens du travail en Europe : une singularité française ? », document de travail du Centre d’études de l’emploi, n°96-2, février 2008 ; « Pôle emploi et le service public de l’emploi », rapport d’information de l’Assemblée nationale, n°11075, juin 2013 ; Daniel Jamme (rapporteur), « Pôle emploi et la réforme du service public de l’emploi : bilan et recommandations », avis du Conseil économique social et environnemental, 15 juin 2011.

[2] Le « plan social » (renommé « plan de sauvegarde de l’emploi » en 2002) est un dispositif instauré en France par la loi « Soisson » du 2 août 1989 pour limiter les conséquences des licenciements collectifs. L’expression « plan social » sert couramment d’euphémisme pour faire uniquement référence à ces licenciements [NDLR].

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