Que la dette devienne insoutenable pour les populations ou qu’elle soit héritée d’un régime dictatorial, qui décide, au besoin, de son annulation? L’actualité européenne comme arabe rend la question brûlante.


À l’heure où nous écrivons, la Grèce presse certains de ses créanciers d’annuler volontairement une partie de sa dette. Si plus de 90 % des institutions bancaires et des compagnies d’assurance européennes renoncent à la moitié de leur créance (consentement en principe acquis depuis le 26 octobre 2011), la restructuration de la dette publique grecque pourra avoir lieu de manière « négociée », sans déclencher la mise en œuvre des contrats financiers d’assurance sur les événements de crédit que sont les Credit Default Swaps (CDS). Les créanciers et les spéculateurs (qui ont acheté des CDS dans l’espoir de s’enrichir si la Grèce faisait défaut) en seraient pour leurs frais. Dans le cas contraire, la Grèce menace d’imposer unilatéralement un défaut souverain dont la légitimité a été réaffirmée le 30 janvier dernier par l’Union européenne. La perspective d’une panique boursière ne serait pas à exclure.

Mais quelle que soit l’issue de ce bras de fer, la Grèce fera tôt ou tard défaut sur sa dette. Car le Mécanisme européen de stabilité ne permet nullement de garantir sa solvabilité : il reporte à plus tard l’heure des comptes en accordant de nouveaux prêts pour rembourser partiellement les précédents. Et même si les créanciers européens d’Athènes consentent à ce qui est inévitable, la dette publique de la Grèce représentera encore 120 % de son Pib (en forte récession) et continuera d’augmenter.

Par-delà la question presque épisodique (n’était le risque d’un krach) d’un défaut partiel grec, Jürgen Kaiser rappelle ici que les défauts souverains ne sont pas rares, jusque dans l’histoire récente, et constitueraient la moins mauvaise manière de surmonter le « mur de la dette ». Jean Merckaert tourne le projecteur sur la « dette odieuse » des pays du Sud, soulignant à juste titre que même lorsque la dette est héritée d’un dictateur, rien dans le sort des pays endettés n’émeut les créanciers, ni ne les oblige à aucune concession… hormis le défaut de paiement. La crise actuelle et ces deux mises en perspective le montrent, l’insolvabilité d’un État surendetté induit un « conflit » original avec ses créanciers : qui sera légitimement chargé de le régler ?


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