« Autrement », l’adverbe irrite ceux qui ne pensent qu’en termes binaires : il faudrait être pour ou contre la croissance. Pourtant, prôner « le retour à la croissance », sans plus, c’est mépriser le grave risque de voir revenir les errements d’hier, annonciateurs de catastrophes plus graves encore. Prôner la « décroissance » dans un monde qui doit, d’ici 2050, accueillir 3 milliards d’habitants supplémentaires, et où les besoins fondamentaux d’une très grande partie des habitants sont loin d’être satisfaits, n’est guère plus satisfaisant. Il n’y a pas d’échappatoire : pour que notre planète ait un avenir, et que ses habitants fassent mieux qu’y survivre, il faut que l’activité économique continue à croître, mais moyennant de nombreux et profonds changements.

Certains de ces changements – microcrédit, commerce équitable, « entreprises citoyennes » – sont expérimentés depuis quelques décennies déjà. On en mesure l’importance, mais aussi les limites, dès lors qu’il s’agit d’évaluer leurs apports face aux défis globaux de demain. Par delà les expérimentations, des changements plus structurels sont nécessaires, touchant aux limites du capitalisme, comme à celles de l’exploitation des ressources naturelles et humaines. Il ne s’agit pas d’aménagements mineurs, mais bien de réorientations très exigeantes. Cet « autrement » de la croissance, le voulons–nous assez pour le mettre en œuvre ? On ne peut qu’espérer en la vertu pédagogique de la crise, et reconnaître avec Jean Monnet que « les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise »


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