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Deux États que tout sépare, sauf leurs peuples, et une réunification improbable quand les puissants n’y ont pas intérêt. Des deux côtés de la frontière, mais pour des raisons très différentes, le mal être et les rêves d’exil occupent des Coréens soumis à rude épreuve.

Le pays du Matin Calme est une péninsule de 220 000 km² où vivent 71,6 millions d’habitants [1]. Située à l’ouest du Japon, elle est rattachée dans sa partie nord à la Chine et à la Russie. Sa forme peut évoquer, selon les avis, celle d’une crevette, d’un lapin ou d’un tigre. Tandis que les Chinois ont toujours pensé que cette « minuscule » entité – avec sa population – devait naturellement, sinon leur appartenir au moins leur être entièrement soumise, les Japonais l’ont considérée comme leur première ligne de défense devant les agressions venant du continent asiatique et le pont naturel pour y accéder. Les Russes et les Américains, à partir du xxe siècle pour ces derniers, ne sont jamais demeurés neutres face aux luttes pour s’assurer de son contrôle. La Corée est donc un État tampon, qui a dû mener un combat continu pour affermir son identité au milieu des grandes puissances du nord-est asiatique et du monde.

Quand les baleines se battent, l’échine des crevettes se rompt [2]

L’armistice qui a suspendu la guerre de Corée le 27 juillet 1953 a laissé le pays divisé. En dépit de la fin de la guerre froide, la zone démilitarisée créée au niveau du 38e parallèle a subsisté jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit d’une bande de deux cent quarante huit km de longueur et de quatre de largeur, traversant la péninsule de la mer de l’Est [3] à la mer Jaune ; le terrain, en grande partie montagneux, est d’une richesse écologique exceptionnelle. Mais cette zone constitue paradoxalement le centre de la frontière la plus militarisée de la planète. Depuis l’armistice, les Américains détiennent le commandement suprême sur quelque 28 500 GI répartis dans une quarantaine de bases et sur les forces sud-coréennes. Celles-ci, avec 3 695 000 hommes (655 000 soldats et 3 040 000 réservistes), constituent la sixième armée du monde [4]. Bien que la Corée du Sud ne possède pas d’armes atomiques, elle bénéficie depuis longtemps de la protection du parapluie nucléaire américain. Quant à la Corée du Nord, elle maintient une armée d’un million de soldats réguliers et dispose de missiles balistiques, d’armes biologiques et chimiques ainsi que, depuis 2007, de quelques bombes atomiques.

La réunification, une question de vie ou de mort

En théorie l’intérêt de tous les Coréens est assurément, sinon une rapide réunification politique de la péninsule, l’intégration progressive de l’économie des deux Etats. Cette réunification et un accroissement de la population de la péninsule pour atteindre le seuil de 100 millions d’habitants seraient un atout pour échapper à l’hégémonie des grandes puissances. En échange de l’aide à son développement, le Nord mettrait à la disposition du Sud une main-d’œuvre à bon marché, les matières premières dont il dispose et le potentiel de son marché intérieur. Le complexe économique de Kaesong, au nord-ouest de la zone démilitarisée, où travaillent environ 20 000 ouvriers nord-coréens pour une cinquantaine de PME sud-coréennes, et la zone touristique des monts Komgang, vont déjà dans ce sens. Pour certains, la création de quatre autres zones semblables à celle de Kaesong déclencherait un processus d’absorption progressive de l’économie du Nord par celle du Sud, conduisant, tôt ou tard, à une unification politique.

Mais cette réunification est-elle possible ? Tout donne à penser que l’intérêt des acteurs en présence, c’est-à-dire outre les deux Corée, la Chine, le Japon, la Russie et les États-Unis, demeure le maintien du statu quo.

Le jeu des grandes puissances

Ni la Chine ni la Russie ne veulent, à leurs frontières, d’une péninsule coréenne ayant entièrement basculé dans l’orbite de l’alliance américano-japonaise. La Chine ne souhaite pas non plus la concurrence économique que pourrait lui faire une Corée unifiée. On enseigne aux Chinois à l’école que la Corée du Nord fait partie de leur pays. Et il suffit, pour déclencher une altercation, que des Sud-Coréens montrent à des étudiants chinois une carte qui représente la Corée du Nord comme un pays indépendant. De même, le Japon et les États-Unis verraient comme une menace, aux portes du pays du Soleil Levant, une péninsule devenue satellite chinois ou russe. Et le Japon ne désire pas, non plus, une réunification – quelles qu’en soient les conditions – qui renforcerait la concurrence économique que lui fait déjà le Sud.

Du point de vue du Nord…

Aucun scénario ne permet de prévoir l’avenir du régime de Pyongyang ; mais son chef et la nomenklatura qui le soutient perdraient leurs privilèges en cas de réunification. Impénétrable et répressive, la dictature militaire du Nord entend donc perdurer. Plutôt que de faire les concessions nécessaires à une ouverture qui aurait affaibli son pouvoir, elle s’est montrée prête, entre 1995 et 1998, à laisser de 600 000 à un million de personnes mourir de faim. Elle a régulièrement purgé les éléments progressistes de sa population, (en 1999-2000, environ un milliers d’opposants ont été supprimés). La même logique a conduit à la divinisation de Kim Ilsong (1912-1994) et de son fils Kim Chong’il (1941). Ce dernier, victime récemment d’un accident vasculaire cérébral, souhaite voir son troisième fils âgé de vingt-neuf ans lui succéder. Ce sera la confirmation de la première dynastie communiste de l’histoire, sur l’existence de laquelle se fonde le culte du chef du parti, le seul à être officiellement reconnu en Corée du Nord.

Le régime de Pyongyang paraît solidement établi et aucun facteur n’autorise à annoncer son effondrement proche. La situation géographique de la Corée du Nord et sa taille facilitent son isolement : hermétiquement fermée au sud, bordée de côtes abruptes et entourée par la mer à l’est et à l’ouest, avec une frontière montagneuse sévèrement gardée au nord. À l’intérieur du pays, le strict contrôle du courrier, du téléphone, des fréquences de radio et de télévision, de l’internet, rend dangereuse toute tentative de contact avec l’étranger. D’autant que la société nord-coréenne est organisée en cellules de cinq familles chargées de se surveiller et de se dénoncer les unes les autres. L’évasion de cet univers kafkien est risquée ; il faut être prêt à faire face à la vie en goulag, aux tortures et à la mort auxquels tout échec peut conduire.

D’ailleurs, ni la Chine, ni la Corée du Sud, ni le Japon, ni la Russie ne souhaitent avoir à faire face au déferlement massif de réfugiés que provoquerait l’effondrement du régime de Pyongyang : la Chine fait une chasse systématique et impitoyable aux réfugiés nord-coréens entrés sur son sol.

Quelques signes pourtant révèlent des fissures dans le système de répression de la Corée du Nord et troublent son isolement. Une politique d’auto-suffisance fièrement mise en avant par la dynastie communiste nord-coréenne et l’embargo imposé par les Américains (en représailles au programme nucléaire de Pyongyang) ont fait du Nord un État perfusé par la Chine (les stocks suffiraient à peine pour survivre pendant un mois). Il n’est que de séjourner à Pyongyang, pourtant la vitrine du pays, pour percevoir, outre l’absence quasi complète de circulation de véhicules (en raison d’une pénurie de carburant), les signes d’une malnutrition chronique. Pour échapper à la faim, des centaines de milliers de Nord-Coréens prennent le risque de traverser la frontière pour aller en Chine du nord où vivent plusieurs millions de Chinois d’origine coréenne. A leur retour, ils mettent en vente les divers produits achetés en Chine : postes de radio à ondes courtes, téléviseurs, lecteurs de cdrom, etc. En sens contraire, des entrepreneurs chinois ont commencé à racheter à bas prix et à gérer avec succès des usines et des mines nord-coréennes abandonnées au moment des famines. On voit ainsi se développer une économie de marché informelle et parallèle. La conséquence la plus importante de cette ouverture clandestine est la découverte progressive, par nombre de Nord-Coréens, d’un monde bien différent du ‘paradis’ dans lequel la dictature communiste a si longtemps cherché à leur faire croire qu’ils vivaient. Depuis 2008 Pyongyang fait tout ce qui est en son pouvoir pour reprendre les choses en main, créant par exemple, en décembre 2009, une nouvelle monnaie et interdisant l’usage du dollar et du yuan.

…et du Sud

En 2009, près de 3000 Nord-Coréens se sont réfugiés au Sud, portant leur nombre total à environ 18 000. En dépit de programmes d’intégration, leur adaptation demeure difficile ; sur tous les plans, l’écart avec le Nord est trop grand et, dès lors, ces réfugiés sont souvent victimes de discriminations.

L’attitude des habitants du Sud est en général ambiguë. À la question “Pour qui prendriez-vous parti en cas de guerre entre la Corée du Nord et les États-Unis ?”, une majorité de Coréens du Sud répond : “Pour le Nord.” Mais si l’on demande “Où iriez-vous habiter si vous aviez le choix entre le Nord et les EU ?,” la première réponse est : “Aux États-Unis ”. Ceux-ci sont, de loin, la destination préférée des Sud-Coréens pour les études supérieures [5] et l’émigration. Chaque année, quelque 30 000 Sud-Coréennes accouchent aux États-Unis afin d’obtenir la citoyenneté américaine pour leurs enfants.

Au quotidien, la vie en Corée du Sud est trop dure, ou trop agréable selon certains, pour laisser le loisir de s’appesantir sur la menace que fait peser sur son destin la Corée du Nord. L’indiscutable supériorité militaire du Sud sur le Nord et le fait que celui-ci ne soit plus aussi assuré du soutien militaire inconditionnel des Chinois et des Russes ne suffit pas pour rassurer les esprits lucides. Des milliers de canons à longue portée sont alignés, dans des souterrains creusés à flanc de montagne, tout le long du nord de la zone démilitarisée. Il suffirait d’une heure de tir pour causer plus d’un million de morts dans la région du grand Séoul. Pareille situation conduit certains à comparer le Nord à un chien affamé qu’il faut nourrir afin d’éviter qu’il ne s’enrage.

Mais plus qu’une menace, la séparation d’avec le Nord est un drame qui compromet l’avenir à long terme de la Corée. Le président Kim Deajung (1924-2009), prix Nobel de la paix en 2000, en raison de sa politique du Sunshine, ainsi que son successeur No Muyon (1946-2009 [6]), deux catholiques progressistes, l’avaient bien compris. Ils ont cherché à engager un dialogue avec le Nord sans passer par les États-Unis. Lee Myongbak, président depuis 2008, en se rapprochant à nouveau de Washington, se démarque radicalement de cette politique qui, à ses yeux, a tout donné au Nord sans rien exiger en retour. Ainsi, Séoul, qui dispose actuellement de surplus de riz au point de ne plus pouvoir les stocker, refuse de les partager en l’absence de concessions de la part de Pyongyang où la pénurie est telle que le riz coûte actuellement cent fois plus cher qu’à l’automne dernier.

La génération des dix millions de personnes dont les familles ont été séparées par les conséquences de la guerre de Corée est vieillissante. Comment la génération suivante, qui n’a connu que le statu quo, se comportera-t-elle ? Il n’est pas sûr qu’elle soit prête à assumer l’énorme coût de la réunification.

Les deux faces du « miracle du fleuve Han »

Au plan économique, à la fin de la guerre de Corée, le niveau de vie dans la péninsule était semblable à celui du Tchad aujourd’hui. De 1960 à 1990, sous la poigne de fer de la dictature militaire et anticommuniste, le Sud a connu un taux de croissance moyen de 8,7 %. Ce taux est ensuite redescendu à 5 %, puis à 2,2 % et 0,2 % depuis la crise financière de 2008. On estime qu’il sera à nouveau de 5 % en 2010. La Corée du Sud est désormais un pays fortement industrialisé, dont la main-d’œuvre hautement qualifiée maîtrise des technologies de pointe ; son Pib dépasse le trillion de dollars – comparativement à 25 milliards pour le Nord. Le revenu annuel moyen est de 20 000 dollars. Le pays est devenu la seconde économie la plus développée d’Asie, justifiant l’expression de « miracle du fleuve Han » (du nom du cours d’eau qui traverse Séoul).

Pourtant, les Sud-Coréens se sentent pris en étau entre le faible coût de la main-d’œuvre chinoise et la haute technologie japonaise, malgré une liste impressionnante d’atouts économiques : premier producteur de bateaux au monde [7] ; premier exportateur de semi-conducteurs ; en position dominante sur le marché mondial de la construction ; premier utilisateur de l’internet de la planète, avec un réseau de quinze ans en avance sur celui des EU ; deuxième exportateur d’acier ; cinquième producteur d’automobiles ; premier exportateur de produits pétroliers en Asie ; troisième exportateur d’Asie ; etc.

Au plan politique, à la différence des Jeux olympiques de Pékin, ceux de Séoul, en 1988, ont correspondu à la mise en place d’une démocratie solidement assise depuis plus de vingt ans. Certes, on relève des signes d’immaturité : débats parlementaires et manifestations où l’émotion l’emporte fréquemment sur la raison ; tendance à voter en fonction de la région d’origine d’un candidat plutôt que du contenu de son programme ; contrôle des principaux médias par les grandes entreprises et la droite conservatrice, etc. La diffusion libre de l’information par l’internet et l’ampleur de son usage permettent heureusement de compenser en partie ce dernier point. En raison de l’héritage anticommuniste légué par la dictature militaire, presque tous les citoyens sont capitalistes ; il n’y a pas de parti socialiste ou communiste.

Au plan religieux, en contraste avec le Nord, la Corée du Sud fait preuve d’une grande liberté : 23 % de bouddhistes et 27 % de chrétiens (10 % de catholiques et 17 % de protestants). Non seulement le Président actuel ainsi que ses trois prédécesseurs étaient-ils chrétiens mais on compte parmi les 299 députés de l’assemblée nationale 57,6 % de catholiques et protestants [8]. Mais les chrétiens sont souvent conservateurs et rarement unis. La majorité des pasteurs protestants enseignent que le catholicisme est une hérésie et le bouddhisme une idolâtrie. Les effectifs du catholicisme continuent à monter tandis que ceux des bouddhistes et des protestants stagnent ou sont en baisse. Le succès du catholicisme s’explique, en partie, par la dimension internationale et centralisée de l’Église et par le rayonnement de figures comme celle du cardinal Kim (1922-2009), porte-parole de la démocratisation sous la dictature [9]. Face à la concurrence chrétienne, en particulier sur le plan de l’engagement social, les bouddhistes [10] luttent âprement pour chercher à gagner des points après plus de cinq siècles et demi de persécution sous la royauté confucéenne (1392-1910) et l’occupation japonaise. Si moins de 1 % des gens se disent confucéens, le confucianisme continue à réguler le fonctionnement de la vie publique, familiale, voire ecclésiale. Et, quoique personne ne s’en réclame ouvertement, le chamanisme et le monde des esprits, beaucoup plus primitifs, demeurent profondément enracinés dans l’ethos coréen, en particulier dans la vie des femmes [11]. C’est, entre autres, la certitude d’appartenir à une même race – coréenne – qui permet la coexistence, plus ou moins harmonieuse, de ces diverses traditions.

En dépit de ces multiples points forts, la vie en Corée du Sud demeure dure. Entrer dans une université reconnue exige de faire face à une telle concurrence que l’on doit consacrer le meilleur de son enfance et de son adolescence à un bachotage parfois coûteux et sur l’utilité duquel on ne peut que s’interroger. Car l’accès à une grande université ne garantit plus l’obtention d’un bon emploi. Sur les quelque 300 000 diplômés qui entrent chaque année sur le marché du travail, moins de 10 % trouvent un poste convenable. Le taux de chômage n’est officiellement que de 3,2 %, mais beaucoup sont condamnés à mener une existence professionnelle épuisante, en échange d’un salaire moyen d’environ 730 dollars par mois (très en dessous du seuil de pauvreté estimé à trois fois plus). La plupart des Coréens n’ont en moyenne que quelques jours de vacances par an. La situation est aggravée par le non-respect du droit du travail et par la faiblesse de la couverture sociale d’État. La dernière décennie a d’ailleurs vu se multiplier le nombre des sans-domicile fixe et celui des suicides, qui atteint trente-cinq par jour [12], l’un des plus élevés parmi les pays de l’Ocde. Aussi 70 % des étudiants à l’université souhaiteraient émigrer, s’ils le pouvaient, vers l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada ou les États-Unis. Pour vivre décemment, les deux membres d’un couple doivent travailler, et quelque 1 300 000 jeunes sont affectés du syndrome de dépendance à l’internet. Le coût de la vie et le poids de la vie professionnelle expliquent, en partie, un taux de natalité faible et un taux d’avortement (pourtant illégal) élevé. Dans une culture où l’éducation des enfants et les tâches ménagères reposent toujours sur la femme, on estime à 25 % le nombre des mères de famille qui travaillent manifestant des symptômes de dépression. Si on ajoute à ces problèmes celui de l’inversion du sex-ratio, causé par l’avortement des fœtus de sexe féminin [13], et le besoin de faire appel à des dizaines de milliers de candidates au mariage d’origine étrangère, on comprend que la société coréenne est en train de vieillir et de se métisser. Le phénomène est accentué par la présence en Corée du Sud de centaines de milliers de travailleurs d’origine étrangère, au statut souvent illégal mais dont la présence est devenue indispensable pour l’économie [14]. Le tiers des enfants qui naissent aujourd’hui en Corée du Sud est d’origine « mixte ». Une telle évolution eût été impensable il y a encore dix ans dans ce pays confucéen et farouchement attaché à son homogénéité raciale !

La faillite du Nord, une chance historique

La réunification du pays du Matin Calme s’inscrit dans la logique de l’identité de son peuple. Les 3 000 000 de morts causés par la guerre de Corée (1950-1953) ont démontré qu’il était vain de chercher à la réaliser par la force. Plus de six décennies après sa création, la Corée du Nord est un État en faillite, apeuré et menaçant. En faisant preuve de pragmatisme et de patience, le Sud peut transformer cette situation en une chance historique. Par-dessus tout, les gouvernements qui se succèdent à Séoul, conservateurs ou progressistes, doivent définir les grands traits d’une politique commune de réunification et l’appliquer dans la durée, car seul un rapprochement progressif est actuellement concevable. Sans une telle vision à long terme, il est impossible de réduire l’influence des grandes puissances sur le destin de la péninsule.

Fin janvier, après plus d’un an de propos hostiles à Pyongyang, le président Lee Myongbak, un presbytérien fondamentaliste, s’est dit prêt à rencontrer Kim Chong’il pour un troisième sommet, dans la ligne d’ouverture de ses deux prédécesseurs. La perspective de la réunification devrait encourager les chrétiens à découvrir les vertus de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux, avec les bouddhistes en particulier, afin d’apprendre à voir dans les autres traditions non des concurrents mais des partenaires, pour construire une société plurielle acceptant de se préparer aux sacrifices de la réunification : le second miracle du fleuve Han.

Une Corée unifiée échappant à toute influence étrangère est inconcevable. Face à la montée de la puissance chinoise, d’aucuns prédisent le déclin de l’influence américaine dans la région. La Chine, il est vrai, est désormais le principal partenaire commercial de la Corée du Sud : quelque 50 000 de ses entreprises opèrent sur le continent chinois [15]. Pour autant, rien ne prouve que les États-Unis soient prêts à laisser s’affaiblir leur présence en Asie de l’Est. La récente vente d’armements à Taïwan, la détermination à garder une base aérienne à Okinawa ou la volonté de ratifier un traité de libre-échange avec Séoul en sont des indices. Il est cependant probable que la réunification exigera un important rapprochement entre Séoul et Pékin.

Le propre des cultures est de savoir faire preuve d’une grande flexibilité. Au cours des deux derniers millénaires les Coréens ont toujours su s’adapter à de nouvelles conditions tout en gardant leur identité, qu’ils vivent dans un État indépendant ou vassal de l’empire du Milieu ou de la Mongolie, une colonie japonaise, un satellite soviétique ou chinois, ou encore dans l’orbite américaine. Quelle que soit l’évolution géopolitique de la péninsule, l’histoire permet de penser qu’il en sera encore longtemps ainsi.


1 / Nord : 120 538 km2 et 23 millions d’hab. ; Sud : 99 678 km2et 48,6 millions d’habitants
2 / Proverbe coréen
3 / Les Coréens refusent l’appellation ‘mer du Japon’
4 / Le service militaire est obligatoire et dure deux ans
5 / 95   000 étudiants en 2009, soit en proportion environ 10 fois plus que l’Inde et 15 fois plus que la Chine
6 / Il s’est suicidé en mai dernier à la suite d’une campagne de dénigrement dans les médias
7 / La Chine a dépassé la Corée du Sud l’an dernier en quantité mais pas au plan de la qualité
8 / Ainsi que 18,1% de bouddhistes et 24,3% sans religion
9 / Considéré comme le père des Coréens du Sud, il a eu droit à des obsèques nationales
10 / Le bouddhisme a été introduit dans la péninsule en 371
11 / Le succès du Pentecôtisme sud-coréen s’expliquerait par la reprise à son compte du génie du chamanisme. En Corée du Nord, c’est le chamanisme qui sert de fondement religieux au culte du chef du parti
12 / Avec la plus forte proportion entre 20 et 40 ans
13 / Ce phénomène s’est beaucoup amoindri au cours des dernières années
14 / Le nombre de ces travailleurs varie considérablement suivant les statistiques consultées
15 / Le Sud exporte principalement vers la Chine (25%), les EU (10,9%) et le Japon (6,4%) ; il importe surtout de la Chine (19,2%), du Japon (15%), des EU (8,8%) et de l’Arabie saoudite (6,1%)



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