Comment affronter « la contradiction essentielle entre la mondialisation des échanges, l’aspiration à la mobilité des hommes et la sécurisation de l’immigration » ? Voici quatre ans, en conclusion de l’un de ses articles dans notre revue, Catherine Wihtol de Wenden attirait notre attention sur ce paradoxe (Projet, n° 284). De fait, c’est bien à l’intérieur de ce triptyque que doit se situer toute réflexion fructueuse sur les nouvelles figures de la migration et sur les choix politiques auxquels elles nous confrontent.

De ces trois termes, le deuxième est à la fois le plus ancien – notre planète s’est peuplée par migrations – et le plus nouveau : les études récentes le rappellent, c’est le désir de « mobilité », plus que celui de « migrer », qui rend le mieux compte de la tendance qui s’affirme depuis quelques décennies. De plus en plus nombreux sont les hommes qui voudraient bien « aller voir ailleurs », mais peu nombreux ceux qui souhaitent s’établir durablement dans un autre pays que celui de leur naissance. Bertrand Badie note ici même que c’est plutôt la faiblesse du nombre des migrants qui doit étonner : pas plus de 3 % de la population mondiale ! Encore faut-il souligner que, pour nombre d’entre eux, il s’agit d’une migration non désirée.

Ce désir de mobilité est pris en tenailles entre les deux autres facteurs : d’un côté, la mondialisation multiplie les possibilités physiques de déplacements (et, en amont, la diffusion des images alimente ce désir, la ramification des réseaux en facilite la mise en œuvre) ; d’un autre côté, les Etats affirment leur volonté de garder le contrôle des flux trans-frontières, percevant ou présentant l’arrivée de nouveaux migrants comme une menace pour la « sécurité » ou pour la protection des « identités ». Pourtant, bien des études ont montré – notamment l’analyse des conséquences de la fermeture de 1974 – que les politiques de fermeture sont non seulement vaines mais contre-productives : la crainte d’être empêché de revenir transforme en migrants durables, qui font souche, des personnes initialement motivées par un simple vœu de mobilité « pendulaire ».

Les contradictions entre ces trois facteurs – mondialisation, désir de mobilité, frilosités sécuritaires – sont à l’origine de bien des incohérences dans les politiques mises en œuvre et de nombreux et douloureux  drames humains. Le présent dossier propose quelques éclairages sur les vrais enjeux de ces débats, trop souvent occultés pas leur instrumentalisation politique, rappelant les faits et les chiffres qui peuvent dépassionner les controverses, évoquant aussi les formes d’intégration de millions de personnes « d’origine étrangère » dans nos sociétés vieillissantes. Car, si les migrants sont pris dans les grands courants et contre-courants de la mondialisation, ce sont d’abord des personnes humaines, qui vivent et vivront parmi nous. Leurs problèmes révèlent les nôtres. Leurs projets de vie tissent nos avenirs communs.

NDLR : La quasi-totalité des articles rassemblés dans ce dossier reprennent et prolongent des réflexions exposées oralement par leurs auteurs lors de la session « Migrants dans la mondialisation », organisée par le Ceras en février 2009 : http://www.ceras-projet.com/index.php?id=3208


Article également accessible sur Cairn.info 

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